Faire d’Agatha Christie l’héroïne d’une énigme digne d’Agatha Christie, il fallait oser. Mystère à Silent Pool transforme sa mystérieuse disparition de 1926 en terrain de jeu théâtral où tout le monde devient suspect ou presque. Une idée maligne qui donne immédiatement envie d’enfiler l’imperméable du détective et de trouver la solution.

Une voiture accidentée est retrouvée près de Silent Pool et sa propriétaire s’est volatilisée. Pas n’importe laquelle : Agatha Christie, jeune romancière déjà célèbre, dont l’absence va déclencher une immense enquête. L’inspecteur Kenward et son adjointe Hastings interrogent alors tous ceux qui pourraient savoir quelque chose comme le mari adultère, la gouvernante fidèle, l’amie, l’éditeur… Chacun possède évidemment sa version des faits et personne ne semble totalement innocent. Carla Girod, Drys Penthier et Axel Stein-Kurdzielewicz s’amusent avec tous les codes du whodunit sans chercher à reproduire servilement un roman de la reine du crime. On écoute les témoignages, on observe les comportements suspects et on commence forcément à élaborer nos propres théories. Qui ment ? Qui protège quelqu’un ? Qui possède le meilleur mobile ? Nous voilà transformé en une assemblée de détectives amateurs qui partent en quête d’un grand mystère. On va faire fi de ce que nous a révélé Doctor Who dans la quatrième saison.

La mise en scène de David Legras et Axel Stein-Kurdzielewicz possède surtout l’intelligence de ne pas vouloir rivaliser avec le cinéma ou le théâtre policier classique. Le plateau impose ses contraintes et celles-ci deviennent une force grâce à une scénographie mobile, simple et créative. Quelques transformations suffisent pour changer de lieu et relancer immédiatement l’enquête. Le choix d’utiliser des toiles plastifiés et imprimés qui s’accroche et se décrochent est vraiment ingénieuse et rarement utilisé. C’est pratique, rapide à faire le changement et s’adapte à toutes les plateaux sans prendre trop de place. A ce se rajoute un graphisme chaleureux sur un fond jaune donne du peps et un faux côté old school. Le mobilier mobile est utilisé sur les quatre faces et sa profondeur, que d’inventivité. A cela se rajoute quelques accessoires comme des chaises, un bouquet de fleurs et la magie opère.

Le rythme reste soutenu, les interrogatoires s’enchaînent et les comédien.ne.s prennent un plaisir évident à entretenir le doute. Camille Delpech, Carla Girod, Justine Marçais, Drys Penthier, Émilien Raineau, Corentin Calmé, Joanna Flahault, David Legras et Axel Stein-Kurdzielewicz, composent une galerie de personnages très différents et identifiables. Certains effets comiques sont volontairement appuyés, mais l’ensemble conserve suffisamment d’élégance pour ne pas transformer le polar en simple parodie facile. On retrouve cette ambiance britannique légèrement surannée que l’on associe spontanément à des énigmes policières. On croit comprendre puis un détail fragilise notre certitude. Une nouvelle information arrive et la théorie élaborée dix minutes auparavant part à la poubelle. Cette proposition permet de redynamiser la pièce qui commence à perdre en rythme. Le retournement final fonctionne justement parce qu’il oblige à reconsidérer ce que nous venons de voir et pose derrière le divertissement une question intéressante sur la vérité, la justice et la place des femmes. C’est chaleureux, accessible et suffisamment retors pour séduire aussi bien les amoureux d’Agatha Christie que ceux qui connaissent à peine Hercule Poirot.

Mystère à Silent Pool est un polar théâtral sympathique qui transforme un épisode réel en formidable machine à soupçonner tout le monde. La compagnie des ballons rouges, est une troupe complice et créative qui repousse sans cesses ses limites.

Où voir le spectacle? 
Au Lucernaire jusqu’au 27 septembre 2026

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