
Ils sont six sur scène, leurs corps sont beaux, musclés, habités et en soixante minutes chrono, ils accomplissent des choses stupéfiante. A Simple Space n’est pas un spectacle de cirque classique. C’est une démonstration de savoir-faire et de performance à l’état brut.
Dès les premières secondes, le regard est happé par les corps. Des corps musclés, sculptés par des années d’entraînement mais surtout des corps qui parlent. On voit la force à l’œuvre, littéralement. Les muscles qui se contractent, les veines qui saillent, les souffles qui s’accélèrent et la transpiration qui coule. Gravity & Other Myths ne cherche pas à cacher l’effort derrière l’élégance. L’effort est le spectacle. Et c’est précisément cette pratique qui rend chaque numéro si saisissant. Les six artistes, de tailles et de gabarits différents, composent une palette humaine d’une richesse étonnante. Le plus imposant soulève le plus léger comme une évidence et dans ce geste simple se révèle toute l’intelligence du projet. Faire de la différence un atout et de la complémentarité une force. Ils jouent assez bien de cela avec des petits jeux comme un concours de cordes à sauter des hommes les plus musclés. Le premier qui échoue doit faire tomber un vêtement. Les enfants ne comprennent pas. Les adultes apprécient.
60 minutes. Pas une de plus, pas une de moins. Dans cet espace de temps réduit, les circassiens de Gravity & Other Myths font des choses incroyables. Le mot n’est pas galvaudé, il est juste. Des portées à six, des envols sans filet, des équilibres tenus au bord du basculement, des enchaînements qui s’enchaînent à une vitesse qui interdit au cerveau de tout enregistrer. On voudrait tout ralentir pour mieux voir et savourer les prouesses techniques ainsi que physiques. La compagnie n’en a cure : elle avance, elle s’emballe, elle dépasse se surpasse avec la peur pour le public qu’un muscle se classe. Le plateau est nu. Pas de décors, pas de costumes élaborés, quatre colonnes de lumières réglables. Cette nudité scénique place toute la responsabilité sur les artistes qui maîtrise tout. La musique live d’Elliot Zoerner pulse sous chaque numéro et donne au spectacle une respiration organique, un rythme qui porte les corps autant qu’il les accompagne.
La configuration de Bobino propose à certains spectateurs de se retrouver sur la scène, à quelques mètres des artistes. Une chance pour eux et une déception pour le public dans la salle, en contre bas. On aurait aimé un espace de plein pied pour être au niveau des artistes, surement comme le spectacle a été prévu initialement. Car dans A Simple Space, la proximité n’est pas anecdotique, elle est constitutive du projet. C’est dommage que le lieu ne réponde pas si bien à cette démarche créative. On entend les respirations, on ressent le déplacement d’air quand un corps passe à toute vitesse, on capte dans les yeux des acrobates cette concentration absolue qui précède l’envol. C’est du cirque vécu à hauteur d’homme, dans toute sa chair et toute sa vérité. Les balles multicolores lancées depuis la salle, les échanges complices avec le public grâce à de merveilleux sourires, les défis faussement improvisés entre artistes tout cela crée une connivence chaleureuse, une communion entre scène et spectateurs qui fait de chaque représentation un événement unique. On repars admiratif de ce travail si précis, si intense, en force qui met le corps très en tension.
« A Simple Space » prouve en une heure ce que le cirque a de plus puissant, mettre à nu la condition humaine à travers la maîtrise absolue du corps. On ressort de Bobino le souffle encore coupé par une performance très maîtrisé et un sourire qui ne part plus.