Au théâtre des Mathurins, Dernier coup de ciseaux continue d’attirer les foules avec sa formule de comédie policière participative devenue culte. Le principe reste redoutablement efficace : un meurtre, plusieurs suspects et un public invité à mener l’enquête. Une mécanique de divertissement bien huilée qui provoque beaucoup de rires dans la salle, même si certaines limites apparaissent aujourd’hui plus nettement.

Difficile de nier l’efficacité du concept. Dès l’arrivée dans le salon de coiffure où se déroule l’intrigue, le public devient partie prenante de l’enquête. Les spectateurs observent, notent les détails, interrogent le capitaine parfois les suspects et finissent même par voter à main levé pour désigner le coupable. Cette dimension participative fonctionne immédiatement. On sent une vraie excitation dans la salle à l’idée de traquer les incohérences ou de coincer un personnage sur un détail oublié. Les réactions fusent, les échanges avec les comédiens créent un rythme très vivant et l’on comprend facilement pourquoi la pièce attire encore autant de monde après quinze saisons. Le succès populaire impressionne avec plus de 4 000 représentations, un million de spectateurs en France et une longévité devenue presque mythique. La formule plaît parce qu’elle donne l’impression de participer réellement à la soirée plutôt que de rester simple observateur. Le passage durant l’entracte où les spectateurs peuvent continuer à poser des questions au commissaire prolonge d’ailleurs cette immersion avec une certaine efficacité.

Là où l’enthousiasme retombe davantage, c’est dans l’écriture des personnages et de certaines situations comiques. Très vite, plusieurs figures apparaissent construites autour de clichés assez lourds : le personnage homosexuel constamment surjoué, la coiffeuse réduite à son apparence physique donc stupide ou encore la bourgeoise caricaturée jusque dans ses lectures, ses vêtements de marque et ses habitudes culturelles. Certaines blagues provoquent un vrai malaise tant elles reposent sur le mépris ou sur des stéréotypes déjà très (trop?) usés. Les moqueries autour des identités de genre ou certains échanges volontairement agressifs avec le public donnent parfois la sensation d’un humour qui peine à évoluer avec son époque. Pourtant, cela reste d’une redoutable efficacité. Le commissaire, chargé d’interagir avec les spectateurs, joue régulièrement la provocation frontale. Quelques improvisations déclenchent des rires sincères, d’autres laissent une impression plus gênante, notamment lorsque l’humiliation ou l’agressivité deviennent le moteur principal de la séquence. On ressort alors partagé entre le plaisir du jeu collectif et une forme de lassitude face à ces ressorts comiques qui paraissent aujourd’hui datés et déplacés.

Ce qui frappe malgré tout, c’est l’incroyable fidélité du public. La salle affiche complet samedi soir après samedi soir. L’ambiance reste très enthousiaste du début à la fin. Les sourires sincères sont au rendez-vous à la sortie du théâtre. Beaucoup de spectateurs semblent venir chercher avant tout un moment léger, participatif et accessible où l’on rit ensemble en jouant aux détectives amateurs. Les comédiens maîtrisent parfaitement cette mécanique interactive et savent rebondir rapidement aux interventions très diverses du public. Le rythme reste soutenu pendant près de deux heures et la vigilance devient permanente : un accessoire déplacé, un vêtement changé, une trace de sang ou une phrase oubliée involontairement peuvent devenir des indices potentiels aux yeux des enquêteurs en herbe. Cette proximité immédiate avec la salle explique sans doute pourquoi le modèle continue de fonctionner aussi bien. Depuis quelques années, de nombreuses propositions théâtrales participatives s’inspirent d’ailleurs de cette formule devenue populaire. Reste cette impression contrastée d’assister à une pièce extrêmement efficace dans sa construction, tout en étant freinée par une écriture qui gagnerait probablement à se renouveler davantage, quitte à perdre des spectateurs.

Dernier coup de ciseaux continue de séduire grâce à son concept interactif redoutablement efficace et à l’énergie communicative de ses représentations.
Au théâtre des Mathurins, le plaisir du jeu collectif fonctionne toujours, même si certains ressorts comiques paraissent aujourd’hui plus fatigants que réellement provocateurs. Un spectacle populaire et participatif qui divise autant qu’il en amuse certains.

Où voir le spectacle? 
Au théâtre des Mathurins

Tags: