
Il y a des spectacles dont le point de départ suscite immédiatement la curiosité. Adapter l’univers de Strip-Tease et son célèbre reportage sur une famille persuadée qu’un départ vers les étoiles est possible relève de la bonne idée. Encore faut-il réussir à transformer cette matière documentaire singulière en véritable aventure théâtrale.
La compagnie poitevine, La Carriole, choisit de nous entraîner dans une ferme du Poitou où vivent Jean-Pierre et sa mère Madeleine. Le fils consacre ses journées à fabriquer une soucoupe volante avec des matériaux de récupération, persuadé que les extraterrestres l’attendent quelque part vers Altaïr. Elle tente de faire son deuil entre deux poireaux épluchés et quelques souvenirs de son perroquet disparu ainsi que du départ prochain de sa progéniture. Un journaliste, caméra à la main, observe ce quotidien hors du commun et devient peu à peu partie prenante de cette étrange épopée. L’idée est touchante, presque poétique par moments. Derrière l’absurde, il y a des êtres solitaires qui s’accrochent à un rêve, aussi improbable soit-il. On se surprend parfois à éprouver de la tendresse pour ces personnages qui refusent le réel et inventent leur propre cosmos.
La proposition prend toutefois un chemin plus déroutant lorsqu’elle matérialise l’univers extraterrestre. Les visiteurs venus d’ailleurs apparaissent avec des costumes volontairement rudimentaires, faits de gants ainsi que cagoules vertes, de boîte à oeufs et de torses nus. L’arrivée de la soucoupe volante dans la salle provoque également un étonnement sincère. L’ensemble semble assumer une esthétique du bricolage et du décalage, mais ce parti pris nous laisse parfois à distance ou très dubitatif. Le rire espéré ne vient pas toujours et l’on s’interroge régulièrement sur ce que ces apparitions cherchent véritablement à raconter. Est-ce une célébration du kitsch ? Une manière de regarder avec bienveillance la folie ordinaire ? Une invitation à accepter l’absurde ? Chacun y trouvera sans doute sa propre réponse.
Reste une création qui a le mérite de tenter quelque chose de différent. À une époque où beaucoup de spectacles empruntent des chemins plus balisés, Soucoupe ose l’étrangeté, le décalage et une forme de naïveté assumée. Certaines images fonctionnent, d’autres laissent perplexe et l’émotion peine parfois à prendre toute sa place. Pourtant, il se dégage de cette aventure un attachement sincère pour ses personnages, surtout la mère magnifique interprété par Chimène Siredey, et une envie de parler des rêveurs, de ceux qui regardent le ciel en refusant de renoncer à leurs croyances. On sort un peu désorienté, parfois amusé, parfois incertain, avec cette petite musique de Strip-Tease en tête et la sensation d’avoir assisté à un objet théâtral singulier qui ne ressemble à aucun autre.
Soucoupe est une proposition audacieuse qui divise autant qu’elle intrigue. Tout n’y fonctionne pas avec la même évidence, pourtant l’envie de raconter autrement et de célébrer les doux marginaux, un peu attachant. Une curiosité théâtrale qui trouvera sans doute son public parmi celles et ceux qui aiment se laisser surprendre par l’improbabilité.
Où voir le spectacle?
Au théâtre du Funambule les 15, 17 et 20 juin 2026 dans le cadre du festival Nouvel Acte