Il y a des titres qui ouvrent immédiatement l’imaginaire. Avec Amoureaux, on s’attend à une histoire de sentiments, à une fable écologique ou à une ode à l’eau et au vivant. La proposition choisit finalement un chemin beaucoup plus étrange, plus éclaté et parfois déroutant.

L’idée de départ est pourtant très séduisante. Donner la parole à des gouttes d’eau, leur offrir des visages, des caractères bien trempés et même des désirs. Voilà qui possède une vraie poésie. Les masques, tous différents, bleus, sont magnifiques et les paillettes ajoutent à ces créatures une part de rêve. Très vite, cependant, le récit emprunte de multiples directions. On parle de pénurie d’eau, d’amour, d’entreprise, d’activisme, d’identité, de catastrophe écologique et de révolte. Beaucoup de fils sont tendus sans réellement trouver d’aboutissement. On sent une envie de raconter énormément de choses à la fois. Cette générosité est touchante, car elle témoigne d’une véritable créativité, d’une envie de faire théâtre autrement et de créer un univers qui n’appartient qu’à lui.

L’univers visuel, lui, ne manque pas de personnalité. Les costumes sont inventifs, parfois très drôles, parfois plus discutables. Ondine, le responsable de l’usine de traitement de l’eau évoque presque un personnage de Pirates des Caraïbes, ce qui provoque un sourire autant qu’une interrogation. Pourquoi ce choix ? Pourquoi ces pingouins qui apparaissent puis disparaissent ? Pourquoi tous ces tubes qui traversent le plateau ? Les chansons et les références culturelles créent par moments une complicité avec une partie du public et en exclue une partie. Mais elles donnent aussi l’impression d’un collage d’idées qui ne trouvent pas toujours leur point de rencontre et de convergence. On regarde ce monde avec curiosité, en essayant de comprendre quelle direction il souhaite emprunter.

Ce qui reste au terme de la représentation, c’est avant tout une sensation d’inachèvement. L’histoire d’Oscar et de Claire, cette goutte d’eau activiste dont il tombe amoureux, contient de belles promesses. On aurait aimé passer davantage de temps avec eux, comprendre pourquoi l’eau a disparu, savoir si le changement est encore possible ou même si l’amour peut réparer quelque chose dans cet univers asséché. Le spectacle préfère l’évocation à la démonstration et laisse beaucoup de portes ouvertes. Cela pourra frustrer certains spectateurs tandis que d’autres apprécieront cette liberté. Une chose est certaine, la compagnie le T.R.U.C. possède de l’imagination et une vraie envie d’inventer des formes singulières. On sort de la salle avec un mélange de perception, à la fois un peu désorienté, parfois amusé, souvent perplexe, en continuant à se demander avec quoi il fallait repartir et ce n’est peut-être pas une si mauvaise chose.

Amoureaux est un objet théâtral curieux qui déborde d’idées et de fantaisie. Tout n’y trouve pas sa place et certains chemins restent inexplorés, pourtant l’audace de la proposition mérite d’être saluée. Une création imparfaite, généreuse et pleine de promesses qui donne envie de suivre la suite du parcours de cette jeune compagnie.

Où voir le spectacle? 
Au théâtre du Funambule les 13, 15 et 18 juin 2026

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