Adapter une fable animale pour parler de notre époque est un pari ambitieux. Depuis Aristophane jusqu’à Orwell, les animaux permettent souvent de mettre les sociétés humaines face à leurs contradictions. Insectes s’inscrit dans cette tradition avec une réelle volonté de questionner notre présent.

Le texte de Jô Bilac ne manque ni d’engagement ni d’énergie. Dès le début de la représentation, on sent immédiatement le plaisir du collectif à défendre ce texte venu du Brésil, écrit dans un contexte politique particulièrement tendu. Les interprètes s’investissent pleinement, alternant plusieurs registres de jeu et donnant vie à cette galerie de grillons, cafards, scarabées et abeilles. Le spectacle mêle traditions populaires, références contemporaines, chants, langues différentes et surtitrage, dans une recherche permanente de métissage. Quelques trouvailles de mise en scène apportent même une vraie poésie et certains effets visuels fonctionnent avec simplicité. On admire cette envie de faire dialoguer les cultures et de construire une réflexion sur la solidarité, la peur, le pouvoir et la résistance face aux dérives autoritaires. L’ambition est réelle et mérite d’être saluée.

Pourtant, une question revient tout au long de la représentation : fallait-il réellement passer par cette société d’insectes pour raconter tout cela ? La métaphore finit par créer une certaine distance avec les personnages et les enjeux. Là où l’on espère être saisi par les conflits politiques ou humains, on reste souvent à l’extérieur du récit. Les symboles sont nombreux, les intentions très lisibles, mais l’émotion peine à trouver sa place. Le miel, les œufs, les hiérarchies entre espèces, les rapports de domination deviennent autant d’images qui demandent sans cesse à être décodées. À force de chercher ce que chaque élément représente, on finit par perdre le fil de ce qui devrait nous toucher le plus directement.

Le spectacle ne manque pourtant pas de qualités. Il porte un regard sincère sur la montée des extrémismes, la fragilité des démocraties et les mécanismes d’exclusion. Certaines scènes font naître de belles idées parfois drôles, l’entraide ou la manière dont le langage peut devenir un outil de domination. Les comédiennes et comédiens défendent leur partition avec conviction et donnent beaucoup d’eux-mêmes. Malgré cela, le temps paraît étonnamment long et l’on sort avec une sensation de flottement. Que fallait-il retenir en priorité ? Quelle émotion devait nous accompagner après le salut final ? Le propos reste parfois trop théorique pour réellement nous emporter. L’expérience n’est jamais inintéressante, simplement elle laisse davantage admiratif devant l’intention que véritablement bouleversé par ce qui se joue sur le plateau.

Insectes est une création courageuse qui ose aborder de grands enjeux politiques par le détour de la fable. Son engagement, son énergie collective et son ambition sont indéniables. Une proposition qui suscite davantage la réflexion que l’adhésion.

Où voir le spectacle? 
Au théâtre 13 dans le cadre du Prix T13 les 19 et 20 juin

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