Le titre promet un voyage critique et politique à travers deux quinquennats qui ont profondément marqué la France contemporaine. On s’attend à une satire mordante, à un regard historique ou à une analyse des mécanismes du pouvoir. La compagnie animaux en paradis choisit pourtant une voie plus sinueuse, plus théâtrale et parfois plus déroutante.

La première partie repose sur une idée particulièrement séduisante. Nicolas Sarkozy débarque sur la scène d’un comedy club et tente désespérément de conserver l’attention du public. Le comédien reproduit avec précision les tics, le débit saccadé et l’énergie fébrile de l’ancien président. Derrière le rire apparaissent des souvenirs plus troublants, plus sombres. Les discours sur l’identité nationale, les formules choc et certaines déclarations qui avaient marqué l’époque résonnent aujourd’hui avec une étrange familiarité. Cette séquence possède une vraie force parce qu’elle rappelle à quel point certaines idées ont progressivement se sont durablement installé dans le débat public pour aller vers encore plus des extrêmes. Le personnage devient presque pathétique à mesure qu’il cherche à séduire une salle qui ne veut plus vraiment l’écouter. L’effet séduction ne fonctionne plus. On retrouve alors quelque chose d’assez juste sur la relation complexe entre politique et représentation. L’ancien chef de l’état apparaît comme un acteur incapable d’accepter la fin de son rôle malgré sa détermination à vouloir rester.

Le passage consacré à François Hollande emprunte un chemin totalement différent. Le président devient un clown empêtré dans ses propres accessoires. Les grandes chaussures, le bureau instable et les tentatives répétées pour remettre de l’ordre dans le chaos construisent une métaphore immédiatement lisible. Pourtant, cette partie peine davantage à se renouveler. Le procédé tourne parfois sur lui-même et finit par émousser l’effet comique initial. Une impression étrange se dégage alors. Là où Sarkozy bénéficie d’une incarnation complexe, Hollande semble réduit à une succession d’échecs avec une posture toujours ridicule. Cette proposition interroge. Est-ce le constat d’une impuissance politique ou une simplification excessive d’un quinquennat plus contradictoire qu’il n’y paraît ? Le tableau ne tranche pas réellement étrangement. On observe un homme qui chute encore et encore sans toujours comprendre ce que ces chutes racontent au-delà du gag lui-même. Tout ne peut pas être que des échecs surtout que les drames avec des attentats teintent le pays de drame.

L’apparition de Leïla Merabet apporte une énergie nouvelle et constitue probablement le moment le plus convaincant de la soirée. Debout dans une immense robe bleue, elle occupe l’espace avec une présence impressionnante. Son récit mêle histoire familiale fictive, ascension sociale, ambitions personnelles et rapport à l’identité. Fille d’immigrés algériens devenue avocate, elle refuse les cases dans lesquelles d’autres voudraient l’enfermer. Son parcours vient complexifier les oppositions simplistes entre réussite individuelle et déterminismes sociaux. La comédienne impressionne par la maîtrise de son texte qu’elle débite très rapidement, la précision de ses variations et la sincérité qu’elle dégage. À travers elle, le spectacle trouve enfin une véritable chair humaine. On rit, on réfléchit, on s’interroge. Le propos devient plus riche, plus ambigu mais aussi plus frustrant tant on aurait aimé que cette dimension irrigue davantage l’ensemble de la proposition.

SarkHollande possède de belles intuitions et ose aborder une décennie encore brûlante dans nos mémoires. Certaines images frappent durablement tandis que d’autres peinent à dépasser leur principe de départ. Une création inégale, souvent stimulante, qui ouvre davantage de questions qu’elle n’apporte de réponses. N’est-ce pas le plus important?

Où voir le spectacle? 
Au théâtre 13 jusqu’au 20 juin 2026

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