Certains spectacles cherchent à raconter des histoires et d’autres tentent de provoquer une réaction physique et émotionnelle. 07 83 63 54 73 appartient clairement à cette seconde catégorie et laisse derrière lui davantage de questions que de réponses.

Le point de départ est pourtant fascinant. Cécile, travailleuse du sexe de 21 ans se faisant appeler Douce, décide un jour de supprimer toutes ses limites. Plus d’interdits, plus de refus, plus de négociation. À travers son récit, inspiré de plusieurs figures de la performance radicale comme Pippa Bacca, Marina Abramović ou Nelly Arcan, le spectacle nous entraîne dans une succession de situations extrêmes qui mettent à l’épreuve autant le personnage que les spectateurs. Les descriptions deviennent progressivement violentes et dégoutantes. Les violences physiques, sexuelles et psychologiques s’accumulent. L’accumulation crée un vertige. On écoute en essayant de comprendre ce qui pousse cette jeune femme à poursuivre cette expérience alors même que son intégrité aussi bien physique que mentale semble constamment menacée. Pourtant, aucune clé n’est réellement donnée. La protagoniste affirme qu’elle va bien, qu’elle agit librement et qu’elle assume ses choix. Le mystère demeure entier. Cette opacité intrigue autant qu’elle frustre. On cherche un sens, un point d’ancrage, une piste d’interprétation. Plus le récit avance, plus celui-ci semble se dérober.

L’expérience proposée repose largement sur l’inconfort. Des messages reçus par sms défilent sur plusieurs écrans, le son des notifications retentissent sans relâche, des sons agressifs, longs, récurrents viennent saturer l’espace. Cette pression sonore finit par devenir presque un personnage à part entière tant il est omniprésent. Le malaise s’installe durablement dans la salle. Plusieurs séquences donnent le sentiment d’assister à une succession d’images ou d’actions dont la signification reste totalement inaccessible. Un interprète plonge sa tête dans un récipient rempli d’eau. On s’inquiète qu’il l’a sorte et qu’il respire à nouveau. A un autre moment, la comédienne principale boit des verres d’eau les uns après les autres jusqu’à l’écoeurement. Puis après, elle se lave dans l’eau restante. D’autres évoluent autour du récit principal dans des compositions énigmatiques comme la séance de jeu avec les parents où toute la famille est nue. Chacun peut y projeter sa propre lecture, mais cette liberté laisse aussi parfois l’impression d’un éloignement progressif du propos initial. À force de multiplier les couches symboliques, le spectacle semble perdre son centre de gravité. L’attention se déplace alors vers la performance elle-même plutôt que vers ce qu’elle cherche à raconter. Et sous réserve vraiment qu’il y a quelque chose qui veut nous être raconté.

Ce qui demeure après la représentation est avant tout une sensation de trouble et de colère. On ne peut nier l’engagement total des artistes ni leur volonté de pousser le théâtre vers des zones rarement explorées. La proposition refuse le confort, les explications et les conclusions rassurantes. Elle revendique une forme de radicalité qui trouvera certainement son public. Pour d’autres spectateurs, l’impression dominante sera celle d’une expérience éprouvante, surtout au niveau sonore, où la provocation finit par prendre le pas sur une histoire, un récit et/ou une émotion. A la toute fin, la comédienne principale applaudit, dans peu de lumière, à la suite de nos premiers applaudissements, avec un visage fermé en étant nue dans son imperméable transparente. Que faut-il comprendre? Est-ce une accusation ? Une demande d’aide ? Un constat d’échec ? Une invitation à réfléchir ? Chacun repart avec sa propre hypothèse, sans certitude aucune.

07 83 63 54 73 est une proposition audacieuse qui ne laisse pas indifférent. Son ambition de déranger est pleinement atteinte, au risque parfois de rendre son discours difficile à saisir. Et sous réserve que l’objectif était de déranger, plus pour la forme que le fond. Une expérience théâtrale singulière qui suscite davantage le débat que l’adhésion.

Où voir le spectacle? 
Les 5 et 6 juin 2026 au théâtre 13 dans le cadre du Prix T13 2026

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