Cinq femmes, cinq histoires, cinq bandes-son. L’idée est belle, le plateau généreux, la salle traversée d’émotions grâce à de la musique. On aurait voulu que ça aille encore plus loin et c’est peut-être là le signe que ce spectacle touche à quelque chose d’important.

Il y a des spectacles dont le principe tient en une phrase et c’est cette phrase-là génère tout un imaginaire. Eugénie Ravon et Kevin Keiss ont eu celle-ci : cinq femmes racontent des vies à travers les chansons qui les ont traversées. Des berceuses aux tubes générationnels, de Barbara à NTM en passant par Oum Kalthoum, Amy Winehouse et Nina Simone, chaque mélodie devient une madeleine, une porte, un fragment de mémoire. Sur le plateau du théâtre de la Concorde, Nacima Bekhtaoui, Nathalie Bigorre, Colombine Jacquemont, Eugénie Ravon et Nanténé Traoré déroulent chacune le fil d’une trajectoire singulière — l’arabité fière, la passion baroque et le cœur brisé, les sardinières de Douarnenez, la vengeance cinématographique, les racines africaines… La scénographie d’Emmanuel Clolus, inspirée des studios d’enregistrement, est bricolée à vue devant nous, ce qui la rend encore plus attachante. Un micro qui tourne, une boucle sonore qui ressurgit, des costumes d’Élisabeth Cerqueira qui traversent les décennies, tout dit que l’Histoire de France se raconte aussi bien en chansons qu’en dates. Et là-dessus, le spectacle a tout à fait raison.

Ce qui sauve le spectacle dans ses passages les plus flottants, c’est le lien entre les comédiennes. Les cinq interprètes forment un ensemble d’une cohérence rare, leurs singularités se répondant avec une finesse qui produit quelque chose de vrai sur scène. Nacima Bekhtaoui attire notre attention. Quand elle prend le micro, on est émerveillé par son timbre, sa puissance vocale, son charisme naturelle sur le plateau.  Nanténé Traoré apporte une énergie soul et une présence physique forte. Eugénie Ravon se révèle drôle et touchante dans sa folle vengeance marlon-brandesque. Le blind test au piano avec le public déclenche une connivence chaleureuse, et le final sur « La Boulette » de Diam’s avec toute le public est sympathique. Ce sont ces moments-là assumés, avec plein d’énergie débordante où le bric-à-brac qui montre au spectacle son meilleur visage.

Il faut être honnête, à vouloir trop embrasser, on embrasse parfois mal. La construction dramaturgique manque de ligne directrice suffisamment affirmée. Ainsi on passe d’un souvenir à un autre sans que la trajectoire individuelle de chaque femme ne se dessine avec toute la netteté qu’elle mériterait. Certaines séquences paraissent trop rapides, d’autres un peu convenues et l’on perd parfois le fil. Ce n’est pas un manque de savoir-faire des comédiennes. Le spectacle effleure des territoires intéressant avec par exemple la révolte des sardinières de Douarnenez ouAretha Franklin qui retourne le Respect d’Otis Redding. On aimerait qu’il s’y attarde davantage car cela appuie là où ça fait vraiment mal. Mais non, on va ressauter avec rarement une transition à un autre récit nous laissant sans arrêt sur notre faim. La musique comme outil de résistance et d’émancipation est le cœur battant de cette proposition, On ressort avec le sentiment d’avoir vu une belle idée, un chouette concept, des femmes rayonnantes et pourtant on repart déçu, vraiment.

« La Bande originale de nos vies » est un spectacle porté par cinq femmes généreuses et une idée qui méritait d’être poussée encore plus loin. On y va pour Nacima Bekhtaoui, on reste pour la sororité et on repart avec de la déception et de l’amertume.

Où voir le spectacle? 
Au théâtre de la Concorde jusqu’au 25 avril 2026
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