
Il y a les couples heureux, les couples malheureux et ceux qui font très bien semblant devant leurs invités. Fallait pas les inviter choisit évidemment la troisième catégorie et transforme un dîner en joyeux déballage où le vernis bourgeois se fissure à vitesse grand V. Une comédie légère qui fait sourire, même si ses personnages semblent parfois tout droit sortis du grand catalogue des clichés.
Tout commence donc dans un appartement d’un couple gay marié où l’un aimerait que tout soit parfait, ou du moins que les autres le croient. Car derrière la façade, le couple ne va pas bien. L’un étouffe l’autre, les frustrations s’accumulent et cette réception devient évidemment le pire moment possible pour faire remonter à la surface tout ce que l’on préfère habituellement glisser sous le tapis. C’est la même chose pour le couple de bourgeois qui sont invités chez Patrick et Michel. C’est justement dans cette opposition entre l’image projetée et la réalité intime que la pièce trouve ses situations comiques. On sourit devant cette énergie dépensée à maintenir coûte que coûte une normalité qui n’existe plus vraiment. Les petites phrases deviennent des piques, les attitudes révèlent ce que les personnages voudraient cacher et l’on comprend rapidement que le véritable problème n’est peut-être pas d’avoir invité les mauvaises personnes. Le couple était déjà parfaitement capable de mettre le feu à la maison tout seul. Cette comédie de l’apparence fonctionne parce qu’elle touche quelque chose d’assez universel, cette volonté de montrer aux autres une version légèrement retouchée de notre bonheur.
Là où l’ensemble convainc moins, c’est dans sa manière de caractériser certains personnages. Le cliché du gay maniéré qui aime les chansons semble ressortir d’un tiroir comique que l’on pensait pouvoir laisser un peu fermé en 2026. De l’autre côté, la famille bourgeoise, pharmacien, obsédée par son image correspond elle aussi exactement à ce que l’on imagine dès les premières minutes. On devine alors assez facilement les ressorts qui vont être actionnés. Mais la pièce assume clairement son choix. Ici, on cherche le rire immédiat et la caricature plutôt que la subtilité psychologique. Tout passe donc par le filtre d’un humour léger, y compris la crise du couple, la sensation d’étouffement ou la violence plus sourde de certaines relations. Cela donne une soirée qui se regarde agréablement, avec des situations efficaces et une énergie constante, sans forcément nous surprendre ou nous emmener beaucoup plus loin. On aurait aimé que le texte profite davantage du chaos provoqué par cette rencontre pour faire exploser les cases dans lesquelles il avait lui-même installé ses personnages.
Et puisque l’on est venu pour une comédie, autant aller jusqu’au bout et la soirée finit en chanson et sous les paillettes. Les tensions peuvent alors se dissoudre dans cette dernière pirouette festive et chacun retrouve un peu d’air après les règlements de comptes et l’apparition des plus étrange d’un crocodile. Cette légèreté constitue à la fois la limite et le charme de Fallait pas les inviter. Le sujet du couple qui se fissure, de l’emprise de l’un sur l’autre et de cette obsession de paraître heureux aurait pu conduire vers quelque chose de plus mordant et aussi l’envie d’avoir un enfant parfait. La pièce préfère garder le sourire et ne jamais laisser trop longtemps une ombre s’installer. On rit donc de ces bourgeois imparfaits, de leurs invités, de leurs névroses et de leurs maladresses avant de refermer tranquillement la porte derrière eux. Pas de grand bouleversement, pas de méchanceté non plus. Simplement une comédie qui choisit les bulles de légèreté plutôt que l’acidité cruelle d’une société hypocrite.
Fallait pas les inviter offre ainsi un divertissement léger et assumé, porté par les catastrophes d’un dîner où les apparences finissent forcément par voler en éclats. On peut regretter des personnages trop souvent construits autour de clichés et une matière conjugale qui aurait mérité davantage de mordant. Une soirée sympathique qui se termine comme elle a commencé, avec l’envie de faire rire et cette fois, quelques paillettes en supplément.
Où voir le spectacle?
Au théâtre Tristan Bernard jusqu’au 14 novembre 2026