Parfois, il faut vraiment réfléchir à qui on ouvre sa porte. Car derrière un simple admirateur peut se cacher un homme avec d’autres intentions. Tiendrez-vous le choc de la révélation ?

Pour certain 1989 est la date de l’effondrement du mur de Berlin. Pour d’autre, c’est l’année de la destruction du mur de la honte. La journée ne s’était pas bien passée pour H. P. Miller. Le chef d’orchestre de renommée internationale déplore la qualité de jeux des musiciens lors du concert. Maintenant, il peut se détendre dans sa loge. Du moins, c’est ce qu’il croyait jusqu’à l’arrivé d’un admirateur. Léon Dinkel vient de Belgique pour voir son icône musicale. Pour marquer l’évènement et sous l’insistance de l’inconnu, le maître va signer un petit souvenir et une faire petite photo. Quand il part enfin, la tranquillité revient du moins un court instant. Car l’importun ressurgit et insiste pour lui offrir un cadeau très personnel. Il faut absolument qu’il regarde ce que c’est. Au moment où il tente de le mettre à la porte cette dernière est fermée à clé. Le téléphone ne fonctionne plus. Puis une arme à feu fait son apparition. Que se passe t’il? Que veut Léon Dinkel? Que cache l’histoire derrière cette simple photo?

Deux hommes se retrouvent face à leur destin et face à leur passé. Didier Caron trouve les mots juste et le ton adéquate pour faire monter en crescendo l’intensité. Rien d’extravagant, rien de voyeur juste une réalité historique abordée avec beaucoup de justesse et d’ingéniosité. On comprend au fur et à mesure la requête de ce fameux M. Dinkel et son intention dans ce geste désespéré. Pas besoin de beaucoup d’espace pour donner vie à ce huis-clos. La mise en scène de Didier Caron et Christophe Luthringer brille par sa finesse. Une petite loge avec le nécessaire, chaises, porte-manteau, téléphone… Avec au centre de la scène, un meuble qui grâce à quelques manipulations se transforme en un coup de main. Il est à la fois le lieu où l’on se maquille/démaquille, où l’on pose les choses importantes, l’endroit où se trouve l’alcool… Il est l’objet de contrainte car pour s’enfuir ou poursuivre l’autre, on est obligé de tourner autour.

photo Fabienne Rappeneau

Pierre Azéma et Pierre Deny insufflent leur force, leur fougue et leur désespoir dans leurs personnages sans aucune fausse note. Ils les portent à bout de bras pour qu’à aucun moment le spectateur ne puissent se lasser ou se désintéresser. Le regard brillant de curiosité, les yeux restent dirigés vers la scène intrigués. Les artistes deviennent ces autres aux coeurs brisés. Les émotions s’amplifient sur les compositions musicales de Vladimir Petrov. Elles raisonnent dans les moments les plus dramatiques, douloureux afin de nous tenir en haleine. Impossible de rester insensible à cet ensemble si convaincant et entrainant. Le public ne peut que se lever pour les remercier d’une telle prestation qui bouleverse autant qu’elle interroge.

Un spectacle époustouflant aussi bien par ce récit singulier que le jeu des deux comédiens hors pair. Que diriez-vous d’écouter Mozart autrement?

Où voir le spectacle?
Théâtre de la Contrescarpe
5 rue Blainville
75005 Paris

jusqu’au 19 janvier 2020

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