Voler, aller vers le bleu du ciel, voilà ce qui anime notre pilote de chasse de l’US Air Force. Un jour, elle doit rester au sol pour une longue période. Et quand enfin, elle peut reprendre le travail, ce n’est sur son Tiger. C’est assise sur un siège pour diriger un drone. Plus simple et moins contraignant. Vraiment?

Elle est là, debout, devant nous, les pieds fièrement ancrés dans le sol. Une belle jeune femme blonde, les yeux bleus intenses. Un bleu aussi intense que ce bleu du ciel dont fait référence son personnage. Ce n’est pas un hasard si elle porte une combinaison. Elle incarne une pilote de chasse de l’US Air Force. Sa passion se résume à voler dans le ciel dans son avion, un Tiger. Elle se sent toute puissante dans les airs à tirer des bombes sur les ennemis. Un jour, lors d’une permission au pays, elle rencontre Eric. Ensemble, ils passent des nuits de folie. Quelques temps plus tard, la combinaison commence à serrer. La voilà enceinte. Retour au pays. Boulot derrière un bureau. Quand enfin, elle peut retourner au travail ce n’est pas aux commandes de son Tiger qu’on la place. En plein coeur du désert à Las Vegas, elle va diriger un drone. Adieu le bleu et bonjour le gris de l’écran. Son objectif : surveiller les « jeunes hommes en âge de combattre« , traquer le numéro deux dit « Le Prophète » et les abattre. Le plaisir de lancer la bombe doucement laisse place à une perte d’identité. Une perte de lien avec la réalité qui l’éloigne de son mari, de son enfant et de son humanité.

Laurène Boulitrop adapte et joue le texte « Clouée au sol » de l’américain George Brant. Elle impose un rythme assez rapide. Pas trop le temps de respirer, le débit se veut dense. Une volonté de l’artiste pour nous plonger au coeur d’une histoire qui va vite, peut-être trop. La jeune aviatrice n’a pas connu de répit entre son métier dans les airs à celui de maman avant de finir avec celui de conductrice de drone. Les moments de calme se font par le biais des noirs sur scène mis en musique. Une façon peut-être d’installer un côté dramatique. Comme la jeune femme est habitué à tuer des gens via son avion, elle met facilement de la distance avec les évènements qui se passe à terre. Une distanciation qui explique surement le ton toujours égal utilisé. Pas d’émotion qui se fait ressentir juste une perte de contrôle de sa logique. Même lorsqu’elle finit entre quatre murs, seule la posture change, pas l’intensité verbale. Elle s’assoit à même le sol, bras croisés et retire ces chaussures. Une position statique qui tranche avec celle d’avant qui est soit debout ou assise sur une chaise. Elle ne peut plus prendre de la hauteur. Uniquement les grands voilage blancs ont un léger oscillement sous l’effet d’un ventilateur. Le ronronnement de l’appareil se fait entendre discrètement. Une sobriété qui sert la dureté du sujet sur la guerre en Irak et le rapport entre les Hommes et la guerre.

Laurène Boulitrop s’investit dans ce personnage de femme perdue à corps et à cris.

Où voir le spectacle?
La Manufacture des Abbesses
7 rue Véron
75018 Paris

jusqu’au 28 juin 2019 les mercredis et vendredis à 19h00

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2 Comments

  1. Bonjour,
    Je suis la seconde personne présente !
    Votre article résume très bien ce que j’ai éprouvé. Par contre après en avoir parlé avec l’attachée de presse, je n’ai pas écrit d’article.
    Je vais voir « Charlotte » le jeudi 13 ,

    Anne Delaleu

  2. Merci à vous 🙂 Et vous qu’allez-vous raconter sur votre ressenti?
    J’ai trouvé le point commun avec Charlotte. Les pièces parlent de destins de femmes 🙂

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