
Présenté au théâtre Silvia Monfort dans le cadre du festival Paris Globe, Le Sacre du Printemps de la compagnie Dewey Dell arrivait précédé d’une réputation flatteuse et de nombreuses récompenses. Revisiter l’œuvre monumentale d’Igor Stravinsky demeure toujours un défi vertigineux. Si la proposition impressionne visuellement, elle peine toutefois à emporter pleinement l’adhésion.
Dès l’ouverture, le regard est attiré par la qualité esthétique de l’ensemble. Où sommes-nous exactement? Dans la nature? Très vite, la réponse se dévoile à nous par l’intermédiaire d’un animal que nous connaissons tous. Les costumes sont très parlants et assez fidèle à nos imaginaires. Ils participent pleinement à la création d’un univers étrange, cérémoniel et naturel. Ils transforment les interprètes en créatures hybrides qui semblent surgir d’un monde enfantin, plein de pathos. La scénographie fait également partie des points positifs de la soirée. Sans chercher l’accumulation d’effets, elle privilégie l’épure et laisse respirer l’espace. On apprécie cette fausse recherche d’abeilles avec des espaces gonflables discrets qui disparaîtront rapidement. Cette simplicité permet aux images de se construire progressivement et offre plusieurs sympathiques tableaux.
On comprend rapidement la volonté de Teodora et Agata Castellucci de convoquer autant l’histoire de l’art que les comportements du monde animal. Certaines métamorphoses intriguent et plusieurs images nous rappellent bien des images. Cette recherche esthétique témoigne d’un véritable travail d’invention et d’une ambition artistique marquée. Là où la proposition convainc davantage difficilement, c’est dans sa dimension chorégraphique. Face à une partition aussi puissante que celle du Sacre du Printemps, chaque geste semble appelé à dialoguer avec une musique devenue mythique. Or la danse laisse souvent une impression de déjà-vu et l’étonnement n’est pas au rendez-vous. Plusieurs séquences évoquent des recherches corporelles aperçues ailleurs, sans parvenir à leur apporter une réelle singularité, ni perfection. Par exemple, le grand drap rappelle notamment les expérimentations lumineuses de Loïe Fuller sans retrouver leur pouvoir de fascination.
Les passages inspirés du hip-hop ne semblent pas toujours trouver leur place dans cet univers. L’énergie est présente, l’engagement des interprètes également, pourtant l’ensemble ne décolle jamais complètement. La représentation de cinquante minutes accentue cette sensation d’inachèvement, bien qu’un cycle a été représenté. On attend un moment de bascule, une émotion ou une surprise qui viendrait renouveler le dialogue avec l’œuvre de Stravinsky sans réellement la trouver. S’attaquer au Sacre du Printemps est une entreprise particulièrement risquée. Depuis plus d’un siècle, cette œuvre a inspiré des générations de chorégraphes qui ont chacun proposé leur lecture du sacrifice, du rituel et du renouveau. Cette histoire prestigieuse crée inévitablement des attentes très élevées. La musique conserve une puissance intacte et continue de provoquer des images mentales extrêmement. Le choix d’une bande-son enregistrée constitue ici une petite frustration supplémentaire. Entendre cette partition jouée en direct aurait probablement renforcé son impact émotionnel. La diffusion sonore, limitée dans sa qualité, atténue une partie de la force de la composition. Il reste néanmoins une vraie cohérence artistique dans la démarche de la compagnie Dewey Dell. On sent un désir sincère de proposer un regard personnel sur ce monument de l’histoire de la danse contemporaine, même si le résultat ne parvient pas toujours à faire oublier les nombreuses versions qui l’ont précédé.
Le Sacre du Printemps proposé par Dewey Dell séduit avant tout par son esthétique raffinée, ses costumes lumineux et plusieurs images d’une grande beauté. Cette relecture ambitieuse d’Igor Stravinsky impressionne davantage par sa dimension visuelle que par son écriture chorégraphique. Une proposition élégante et exigeante dont on aurait sortir émerveillé.
Où voir le spectacle?
Au Monfort jusqu’au 30 mai 2026