
Il suffit parfois d’une balle qui refuse obstinément d’aller au bon endroit, d’une veste particulièrement peu coopérative et de clowns ayant décidé de se chamailler comme une belle idée pour déclencher des rires d’enfants. Circo Infinito – A Feel Good Circus Show accueille un petit monde de cirque tendre, burlesque et volontairement naïf où la prouesse préfère souvent laisser la première place au jeu et au récit. Une création tendre et mignonne qui possède surtout un superpouvoir, en proposant une bulle de merveilleux aux plus jeunes.
Ils sont trois et chacun arrive avec sa personnalité, sa spécialité et sa manière bien particulière de mettre un joyeux bazar dans ce petit univers. Emily Tissot, Rémi Bolard et Alejandro Escobedo-Alé sont à la fois circassiens, clowns, musiciens et partenaires de jeu et de folie douce. On jongle, on chute, on se cherche, on se chamaille, on doute, on s’apprivoise, on s’écoute, on partage… Evidemment, les objets ne semblent absolument pas disposés à faciliter la tâche. Une balle se perd ? Formidable. Une veste refuse d’être portée correctement ? Encore mieux. Là où l’adulte attend éventuellement la prochaine prouesse technique, l’enfant a déjà compris que le véritable spectacle se trouve dans la catastrophe et l’improbable. Et les rires entendus dans la salle ne trompent pas, les plus jeunes sont embarqués. Ils s’esclaffent de bon cœur devant ces petites situations burlesques parce que Circo Infinito retrouve quelque chose de très simple dans le clown avec l’émerveillement ne vient pas nécessairement de l’exploit. Il peut naître d’un ratage, d’un regard ou d’un objet du quotidien qui décide soudainement de ne plus obéir. Notons qu’il y ait de la technicité dans les tableaux proposés car sinon comment faire croire à du raté aussi bien maîtrisé?
Alejandro Escobedo, également metteur en scène et scénographe, choisit un univers très épuré fait de grands voiles blancs et de lumière. Ces tissus dessinent immédiatement les contours du terrain de jeu. Nous savons où nous sommes sans que le décor nous explique précisément où nous sommes. Et cela suffit. Ce blanc offre surtout un formidable espace à l’imaginaire enfantin où tout est possible, même ce qui n’existe pas. La musique jouée en direct et le chant viennent envelopper l’ensemble d’une douceur qui lui correspond parfaitement. Tout semble pensé pour ne pas agresser le regard ou saturer l’attention : quelques objets, des corps, des tissus, de la lumière et beaucoup de jeu. Les numéros de cirque surgissent à l’intérieur de cet univers plutôt que de devenir une succession de démonstrations. Les adultes pourront apprécier certains passages pour leur technicité. Les enfants, eux, regarderont surtout trois personnages essayer de vivre ensemble avec des balles, des vêtements, de la musique, des envols et leurs petites disputes. Et ils auront probablement raison.
Circo Infinito est un formidable spectacle familiale et c’est dommage que cela ne soit pas mis plus en avant sur la communication. Pourtant, son écriture, son humour, son rythme et la simplicité de ses situations, sont vraiment très adapté aux jeunes enfants, à partir de 3/4 ans. Leurs rires sont la preuve de la réussite de l’adhésion à l’univers et de la justesse du travail proposé. Dans les moments d’échanges, les bambins se laissent prendre au jeu de bon coeur. Et c’est un public très exigeant surtout lors d’une représentation d’1h00. Ils pardonnent peu l’ennui ou le trop technique car il faut de l’histoire, du beau et des erreurs biens interprétées. Les personnages n’ont pas besoin de parler pour être compris. Pas besoin de mettre des chansons connues pour être emporté par les sonorités. Pas besoin de couleurs vives et criardes pour attirer l’attention. Des tenues sobres entre blanc, gris, bleu ciel et quelques touches de couleurs pour leur maquillage de clown pour être cohérent avec l’aventure toute en légèreté. De la conviction, de la maîtrise et de l’envie de faire rêver les enfants, voilà ce qu’il faut pour enchanter des familles.
Circo Infinito ne cherche donc pas à révolutionner le cirque ni à aligner les performances incroyables toutes les trois minutes. Il préfère la douceur, le burlesque, la musique, quelques jolies prouesses et cette poésie très simple qui transforme un objet récalcitrant en aventure extraordinaire. C’est mignon, lumineux et surtout terriblement efficace auprès des jeunes spectateurs. Finalement, la plus belle réussite de la soirée se trouve dans la salle en entendant autant d’enfants rire ensemble, franchement et sans retenue.
Où voir le spectacle?
A Bobino jusqu’au 22 novembre 2026