Et si le cirque devenait une nouvelle méthode pour faire de la poésie. Vous y croiriez si on vous le disait ? Marion Collé en est persuadée et vous le prouve en vous emmenant « Autour du domaine ».

Lorsqu’on arrive dans la salle, sur les fauteuils se trouvent des feuilles volantes. Pas n’importe lesquelles : des pages d’un livre de poésie. Sur chacun d’entre eux se trouve un morceau différent du recueil « Du domaine » d’Eugène Guillevic (1907-1997). Le spectateur devient à sa façon un élément contributif et éphémère à la proposition artistique et singulière de Marion Collé. Ici pas de fil rouge à suivre. Pas de passé, pas de futur juste l’instant présent pour nous plonger au plus proche de la nature, de sa fragilité, de sa beauté, de son impétuosité. Un cadre inspirant pour créer un spectacle empreint de mystères en compagnie de deux talentueuses fildeféristes.

Très vite, nous sommes immergés dans un univers sonore dans un noir complet. On entend de la poésie. Tout est fait pour que seule notre écoute soit sollicitée. Puis doucement, la lumière apparaît discrètement en faisant apparaître en premier lieu les deux fils, le premier proche du sol à 50 cm et l’autre haut perché à 2m40. Bien souvent, on les aperçoit à peine. Les fils disparaissent au profit du corps. Un corps sublimé, étrange où la musculature s’affiche tel une sculpture. Tout comme cet instant, où pendus par les pieds, dos apparents face public, Marion Collé et Chloé Moura bougent lentement leurs bras, contractent les muscles. Le regard se porte sur ces morceaux de chair qui bougent. On s’interroge au début sur ce que l’on voit puis on comprend. On observe subjugué car notre imaginaire prend le pouvoir et invente une histoire abracadabrantesque.

Quelques projections réalisées lors d’un voyage à Carnac sur la tombe du poète disparu, Guillevic, vont et viennent au fond de plateau. Les deux femmes deviennent des figures furtives jouant de l’obscurité et des éclats de lumière. Le sol réverbère ces illuminations telles des flaques d’eau. Les mouvements s’accompagnent de la création sonore d’Alexis Auffray qui utilise des captations du bruit des cordes. Le rythme change l’occupation de l’espace. Parfois on voit les circassiennes apparaître et disparaître d’un clignement d’œil. On admire la technicité de leur cheminement sur le fil, précis, efficace et sans aucun tremblement. La lenteur montre l’excellence des artistes car le niveau de difficulté se fait plus haut. Comment ne pas être en admiration devant leur duo lorsqu’elles marchent côte à côte sur le fil haut en juxtaposant leur pied au centimètre prêt pour conserver le bon équilibre et la rigueur de la perfection ?

Un voyage onirique audacieux et original qui trouve le juste équilibre entre art du cirque, de la musique, de la lumière et de la poésie. 

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