Il y a des jeunes qui veulent changer le monde. Et pour changer, ils essaient de dénoncer en faisant des actions pacifistes qui ne sont pas au goût de certains politiques. Surtout qu’au sortir de la seconde guerre mondiale certains nazis sont restés au pouvoir. Une seule méthode pour reprendre le dessus, imposer la violence.


Le choix d’une histoire vraie
Thomas Resendes a choisi pour le prix du metteur en scène du théâtre 13 de proposer une création très audacieuse. Certains vont adapter des classiques de la littérature, d’autres vont inventer des histoires mais lui, il a préféré raconter une histoire vraie. Et pas n’importe pas quel moment d’histoire vraie. Il va choisir de parler de la bande à Baader, de sa création à sa disparition. Pour cela, il va s’inspirer de « Fassbinder la mort en fanfare » et « Des foules des bouches des armes » d’Alban Lefranc, des écrits d’Ulrike Meinhof et de  « La Moitié du ciel et nous » d’Armand Gatti.


Qu’est-ce que cela raconte ?
Berlin Ouest, 1970. Des jeunes qui sont étudiants, élèves en écoles d’art, avocat, éditorialiste se posent des questions face à ce nouveau monde. Les injustices, les inégalités sont de plus en plus présentes. Les politiques sont corrompus. Des anciens nazis sont installés au pouvoir. Ils ne veulent pas rester chez eux sans rien faire et attendre que cela passe. Celui qui combat peut perdre mais celui qui ne combat pas a déjà perdu. Petit à petit, ils vont faire entendre leur voix de façon pacifiste. Mais ils vont être réprimandé de façon très violente afin de les inciter à ce taire. Très vite, la police va prendre les tonfas puis les armes. On déplore un mort chez les manifestants.

Impossible de rester ainsi et de prendre les coups sans rien dire. Il faut des actions plus fortes, plus importantes. Un petit cocktail molotov dans un magasin vide. La presse en parle et se déchaîne. La réprimande à leur encontre deviendra de plus en plus dure. La pression monte, les actions se suivent et le résultat sera sans appel.

Andreas Baader, Ulrike Meinhof, Gudrun Ensslin, Holger Meins, Jan-Carl Raspe, Horst Malher forment la fraction Armée Rouge. Leurs actions seront le résultat d’un long processus qui va bousculer dans un combat jusqu’au-boutiste contre l’Etat. Ils seront emprisonnés, maltraités, humiliés et crieront leur rêve de liberté jusqu’au dernier souffle. Ils mourront les uns après les autres pendus ou avec une balle dans la tête. L’état dira qu’ils se sont suicidés mais comment est-ce possible ? Leur combat restera à jamais dans l’Histoire avec un grand H.


Une mise en scène audacieuse
Le défi va être de raconter une longue période dans de nombreux lieux dans un même espace. On pourrait penser tout de suite à l’utilisation d’un écran numérique et hop le décor serait planté. Mais cela serait peut-être un peu trop facile quand juste une perruque et une chaise suffise à nous plonger dans un ailleurs. Pas besoin d’une recherche de technologie quand on a la possibilité de la débrouillardise.

Comment faire croire à un débat dans un amphi ? Mettre la plupart des comédiens dans la salle avec le public tout simplement. Comment créer un tribunal ? Quelques tables qui se font face et quelques perruques avec tenue d’avocat et le tour est joué. Comment nous faire croire qu’on est dans un grenier et que l’on a trouvé un vieux journal ? Il suffit de faire un point lumière sur une comédienne agenouillée qui dit qu’elle est dans un grenier et qu’elle à trouver un vieux journal dans une caisse. Et tout cela suffit largement à nous créer un univers que notre cerveau crée tout seul.

L’histoire aurait pu être juste les débuts et la fin de ce groupuscule. Cependant, c’est une jeune fille qui voulant faire une surprise à son père allemand qui fouillant dans sa caisse à souvenir qui tombe sur un vieux journal. Et un qui a une certaine importance puisqu’il s’agit de celui Gudrun Ensslin dans lequel on trouve des articles de presse racontant leur aventure. La comédienne commence à lire le récit et tout devient réel sous nos yeux. Pas très original pourrait-on dire en littérature mais pas très courant au théâtre. Un pari très malin que j’ai beaucoup apprécié.


Le tout emballé par le collectif Satori
Une telle histoire ne peut pas être servie sur un plateau sans des comédiens de talents derrières. Il faut y mettre tout son cœur et son énergie pour incarner tous les personnages avec justesse et candeur. Alors bravo à François Copin, Emmanuel Demonsant, Déborah Dozoul, Robin Gros, Clémentine Haro, Fabrice Henry, Erwann Mozet, Vincent Pouderoux, Manon Raffaelli et la musicienne Pauline Rambeau qui ont rendu ce spectacle vivant et pleins d’émotions. J’espère que Les ennemis publics trouveront également leur public dans d’autres salles de France.

Un théâtre comme j’aime avec pleins de fougue, de cris et de dénonciation. Quand on combat un système injuste il faut être prêt à en assumer les conséquences. La liberté n’est pas une chose que l’on a naturellement, c’est un combat qu’il faut mener pour l’avoir et la conserver.

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