
Le spectacle propose un voyage musical qui revisite des airs que presque tout le monde porte en mémoire. Trois artistes se réunissent pour questionner la douceur trompeuse des mélodies qui ont façonné l’imaginaire collectif. Très vite, la représentation glisse d’un simple concert vers une réflexion plus malicieuse sur ce que ces chansons racontent vraiment et disent de nos sociétés.
L’un des atouts de « Wonderful World » réside dans l’idée de revisiter des œuvres cultes en les replaçant dans la perspective d’aujourd’hui, révélant ce que nos oreilles n’entendaient pas forcément autrefois. La chanteuse et créatrice, Laetitia Ayrès entourée d’une pianiste, Orane Donnadieu ou Jeyran Ghiaee et d’une violoncelliste-contrebassiste, Maëlise Parisot, explorent les pages sonores de comédies musicales mythiques : Le Voyage de Chihiro, Peau d’Âne, Les Demoiselles de Rochefort, My Fair Lady, Singing in the Rain, Cléo de 5 à 7, Indiana Jones… Les textes introduisent une lecture sensible qui dévoile la part d’ombre de récits souvent enchantés, où l’on découvre une galerie de figures masculines dominantes, de dynamiques amoureuses discutables, voire de situations glaçantes dissimulées derrière des mélodies radieuses. « Je ne pense pas que c’était mieux avant ». En cela, le spectacle réveille la conscience, transformant des souvenirs tout en tendresse en petits séismes introspectifs. Laetitia Ayrès joue habilement avec l’humour, la lucidité et une pointe d’ironie pour éclairer ces contradictions. Pourtant, l’enchaînement des analyses laisse parfois un parfum d’inachevé, comme si l’idée avait besoin d’un fil plus resserré pour exploiter toute sa force. Ce décalage ne retire rien à la pertinence des intentions, qui font résonner un questionnement salutaire sur l’héritage culturel. Les chansons, réarrangées avec finesse, ouvrent de nouveaux espaces d’écoute. « Il faut écrire de nouveaux récits. » Le public suit volontiers cette traversée, prêt à réentendre ce qu’il croyait connaître.
La cohésion entre les trois artistes constitue l’une des forces du spectacle, car l’on perçoit instantanément la joie qu’elles ont à partager la scène. La voix de Laetitia Ayrès se mêle aux instruments avec aisance. Les deux musiciennes apportent une précision chaleureuse qui fait raisonner chaque réinterprétation. L’invitation faite au public d’identifier certaines références crée des instants de connivence, ouvrant la représentation à une dimension participative simple et bienveillante. Le ton, oscillant entre conversation familière et stand-up léger, offre une respiration comique bienvenue qui contrebalance les aspects plus réflexifs. La spontanéité demeure l’un des charmes principaux du projet, même si une structure plus affirmée aurait permis d’amplifier l’impact dramaturgique. L’ensemble progresse avec une souplesse agréable. On savoure alors la fraîcheur de ces trois présences, leur complicité et leur plaisir sincère à re-questionner les mythes musicaux. Cette vivacité garde le public attentif et curieux. Le spectacle trouve ainsi son identité dans cette dynamique chaleureuse et fluctuante.
On ressort souriant par cette revisite nos imaginaires collectifs avec douceur et ironie. On se surprend à réécouter intérieurement les airs entendus, éclairés d’un regard nouveau.
Où voir le spectacle?
Au Studio Hébertot jusqu’au 28 janvier 2026