
Se regarder, se juger, se mettre en scène, au final tout commence face à un reflet. Au 104, Un grand miroir propose une traversée introspective où le corps devient laboratoire social. L’expérience intrigue, amuse, déstabilise, sans toujours convaincre totalement.
Seule en scène, Claire Dessimoz évolue sur un sol miroitant qui renvoie son image et, symboliquement, celle du public. Elle enchaîne postures, démarches, attitudes, glissant d’un registre à l’autre avec agilité. Tantôt assurée, tantôt maladroite, elle explore la frontière ténue entre charisme et ridicule. Le solo avance comme une suite d’essais, de tentatives assumées où la fragilité devient moteur. Elle questionne la salle : est-ce sexy ou pas ? Les réponses se font entendre sans trop d’hésitation. La parole surgit, le chant s’invite, la danse s’affirme et l’humour affleure. L’artiste observe avec une tendresse manifeste notre rapport au regard d’autrui et aux codes sociaux. Certaines séquences touchent par leur sincérité et leur simplicité. D’autres s’étirent dans une répétition qui dilue légèrement l’impact. Le dispositif fonctionne comme un terrain d’expérimentation ouvert. L’intention de déconstruire les postures sociales est claire et généreuse.
La relation au public occupe une place centrale. Claire Dessimoz brise le quatrième mur et invite les spectateurs à intervenir, à choisir ce qu’ils aimeraient revoir, à réagir spontanément. Ils font partie de l’expérience. Les adolescentes se prêtent volontiers au jeu, débordant parfois d’enthousiasme au point que l’enseignante doit les ramener au calme. Cette interaction crée un moment vivant et imprévisible. Où se situe la frontière entre participation et observation ? Cette ambiguïté semble intégrée à la démarche. Elle reflète le thème même de la pièce, ce flottement entre affirmation et doute. L’énergie collective donne un relief particulier à la fin du spectacle. Le public devient miroir à son tour, révélant autant qu’il regarde.
Créée en 2023 dans la continuité d’une recherche amorcée avec current currents, cette forme plus directe condense les interrogations de la chorégraphe sur le corps social et l’autodétermination. La simplicité du plateau concentre l’attention sur la présence de l’artiste et de sa maîtrise de son corps. Le solo se veut drôle, étrange et touchant, et parvient souvent à conjuguer ces tonalités. Il manque parfois une progression dramaturgique plus affirmée pour structurer l’ensemble. Certaines trouvailles brillent par leur finesse et d’autres paraissent plus esquissées. L’ensemble demeure cohérent et sincère, porté par une saltimbanque investie. Le spectacle laisse une impression douce-amère, celle d’un laboratoire passionnant encore en mouvement. On sort avec des questions plutôt qu’avec des certitudes. Peut-être est-ce précisément l’objectif recherché.
Un grand miroir propose une réflexion sensible sur l’identité et le regard collectif. Claire Dessimoz y affirme une présence attachante et courageuse. Une expérience singulière qui interroge plus qu’elle n’affirme.
Où voir le spectacle?
Au 104 jusqu’au 21 février 2026