Au Théâtre Lepic, T.I.N.A. – There Is No Alternative s’annonce comme une expérience scénique atypique, oscillant entre performance clownesque, réflexion politique et exploration de l’absurde. La proposition intrigue par son dispositif minimaliste et par sa volonté de brouiller les repères du spectateur. Une soirée singulière où l’on avance entre curiosité, perplexité et moments d’amusement.

La représentation débute dans un quasi-silence. Une figure d’Auguste vêtue de blanc, chapeau posé sur la tête et joues rosées, apparaît sur un plateau totalement dépouillé. Elle observe la salle, immobile, comme si elle découvrait le public en même temps que celui-ci la découvre. L’éclairage reste allumé côté spectateurs, donnant l’impression que la soirée n’a pas réellement commencé. Les premières phrases jouent avec cette attente : « Je ne vous déconcentre pas ? » ou encore « Pourquoi cela serait à moi de faire le spectacle ? ». L’artiste manipule le malaise avec une ironie assumée. Les mots glissent ensuite vers une série de réflexions sur le rire, l’angoisse, l’observation des comportements humains. « Quand je ris je vomis mes angoisses sur les gens », confie-t-elle dans une formule qui déclenche quelques réactions dispersées dans la salle. Le dispositif repose sur la rupture permanente des attentes et sur l’étirement volontaire du temps.

La performance progresse ensuite vers un territoire plus physique. Le costume d’Auguste se transforme peu à peu, laissant apparaître une autre facette de la comédienne. Les souvenirs d’adolescence émergent, évoquant les complexes, les appareils dentaires, les humiliations sociales et les moments de solitude dans les fêtes. La danse envahit progressivement la scène, convoquant les souvenirs du « quart d’heure américain », cette tradition où certains attendent désespérément une invitation. L’artiste transforme cet épisode en métaphore sociale. Les corps deviennent un terrain d’observation presque sociologique. Elle parle d’exclusion, de capital séduction, d’isolement. Un spectateur est sollicité dans cette démonstration absurde qui se veut presque scientifique. Certains rient, d’autres restent silencieux. L’atmosphère oscille entre amusement et inconfort. Cette ambivalence semble constituer l’une des clés de la proposition.

La dernière partie glisse vers une réflexion plus politique. Les références s’enchaînent : Clinton jouant du saxophone, l’élection de Trump, la colonisation des imaginaires par le néolibéralisme, les images de consommation et de pouvoir. Le spectacle convoque également l’histoire de l’art, citant Archimboldo, Warhol ou Duchamp dans une succession de digressions volontaires autour d’une nappe en plastique exposé comme une oeuvre d’art. La logique se construit par associations d’idées et ruptures de ton. Le maquillage disparaît progressivement, révélant une parole plus directe sur le besoin de lien et de solidarité. Ce moment final donne un éclairage nouveau à l’ensemble du parcours. Le spectacle laisse toutefois une impression contrastée. Audace et liberté formelle séduisent, mais l’accumulation d’idées et de détours nous perdent, voir nous ennuient.

T.I.N.A. – There Is No Alternative propose une performance atypique qui divise autant qu’elle intrigue. L’expérience assume pleinement son goût pour l’absurde et l’inconfort. Une proposition singulière qui trouvera sans doute un écho particulier auprès des spectateurs sensibles aux formes théâtrales expérimentales.

Où voir le spectacle? 
Au théâtre Lepic jusqu’au 30 mars 2026

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