
Adapter Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès relève d’un pari audacieux. Au Théâtre 14, Rose Noël s’empare de ce texte exigeant avec une énergie brute et une vraie détermination. Une proposition qui ose affronter la complexité d’un mythe moderne, entre fascination et malaise.
Le choix de monter Roberto Zucco n’a rien d’anodin. Le texte de Koltès, dense, fragmenté, traversé de silences et de tensions, demande un engagement total. Rose Noël s’y confronte avec une sincérité évidente, portée par une envie de questionner notre rapport aux figures criminelles. Pourquoi fascinent-elles autant ? Pourquoi leur accorde-t-on une place si centrale dans nos imaginaires ? Ces interrogations nourrissent le spectacle et lui donnent une direction claire. L’histoire suit la cavale d’un homme ordinaire devenu meurtrier, inspiré d’un fait divers réel. La trajectoire de Roberto Zucco, violente et insaisissable, se déploie à travers une galerie de personnages eux-mêmes en quête de sens et en souffrance. Chacun semble enfermé dans sa propre condition, dans ses peurs, dans ses désirs. Le spectacle met en lumière ces existences fragiles, traversées par des tensions intimes. Cette matière humaine constitue l’un des points forts de la proposition.
La mise en scène de Rose Noël plonge le public dans une atmosphère sombre et enveloppante. L’entrée dans la salle, déjà immersive, installe une ambiance de club nocturne, le Petit Chicago, aux lumières rouges et à la fumée persistante. Les comédiens apparaissent progressivement, comme surgissant d’un ailleurs indistinct. La scénographie, de Mathilde Juillard, reste volontairement épurée, laissant toute la place au jeu et à la présence. Les crochets suspendus en fond de scène évoquent une violence latente, presque symbolique, qui s’amplifie avec le temps. La musique live, interprétée par Natalia Bacalov et Martin Sevrin, accompagne cette traversée avec intensité. Elle crée un univers sonore riche, oscillant entre tension et mélancolie. Les chants, les instruments, les textures musicales participent à l’immersion. Cette dimension musicale apporte une vraie densité au spectacle.
La troupe déploie une belle énergie collective. Axel Granberger incarne un Zucco physique, imprévisible, presque animal. Sa présence scénique capte l’attention et donne corps à cette figure insaisissable. Autour de lui, les interprètes, Natalia Bacalov, Lola Blanchard, Simon Cohen ou Vincent Odetto, Laurence Côte, Maxime Gleizes ou Thomas Rio ou Pierre Loups Mériaux, Akrem Hamdi ou Julien Gallix, Rose Nöel ou milena Sansonetti, Martin Sevrin ou Suzanne Dauthieux construisent un ensemble solide, chacun apportant sa singularité et son énergie. Les personnages féminins, notamment, se distinguent par leur complexité et leur intensité. Et aussi montrer leur engagement féministe pour obtenir plus d’équité et de reconnaissance. Une adolescente a qui ont a volé sa virginité ne devient pas juste un bout de chair que l’on vend comme de la vulgaire viande. On perçoit un véritable travail de groupe, une volonté de porter ensemble cette matière exigeante. L’émotion, parfois, reste à distance, comme retenue par la densité du propos. Elle est bien interprété mais n’attend pas tous les spectateurs, qui devient observateur. Pourtant, l’engagement est réel, palpable. Le spectacle interroge plus qu’il ne séduit, il propose une expérience à la fois esthétique et réflexive. Cette approche, courageuse, donne à voir une lecture personnelle et assumée du texte de Koltès.
Ce Roberto Zucco impressionne par son audace et son engagement. Rose Noël propose une vision sincère et habitée d’un texte complexe. Une création qui mérite d’être découverte pour la force de son geste artistique.
Où voir le spectacle?
Au théâtre 14 jusqu’au 18 avril 2026
Mardi, mercredi et vendredi à 20 h, jeudi à 19 h, samedi à 16 h