
Des projecteurs braqués sur le public et déjà quelque chose vacille. L’histoire n’est pas figée, elle tremble, elle s’interroge et elle appelle à bifurquer. Ce spectacle est une secousse douce et brûlante à la fois, un manifeste incarné qui doit réveiller les consciences.
Tout part d’un moment réel avec un séminaire au Centre Pompidou, un texte inédit de Virginie Despentes et un appel à faire dévier la trajectoire du monde. Anne Conti s’empare de cette parole incandescente et la transforme en expérience sensorielle. Elle ne déclame pas. Elle incarne les mots. Chaque phrase devient matière vivante, respiration et tension musculaire. Les mots sur la frontière, la domination, la liberté des corps s’élèvent et se heurtent à l’air comme des éclats. La comédienne évolue dans un décor de décombres qu’elle manipule, déplace et assemble. Des fragments surgissent des possibles. La ruine devient atelier et terrain d’invention. Les débris se transforment en sculptures éphémères, en architectures fragiles. On assiste à une métamorphose continue où la pensée prend forme sous nos yeux. L’énergie est rock, la poésie affleure, la colère gronde puis s’ouvre sur une tendresse inattendue. L’espace laisse place à l’imaginaire, chacun est invité à envisager sa propre révolution.
La musique jouée en direct par Rémy Chatton et Vincent Le Noan enveloppe la parole d’une vibration organique. Leurs visages s’illuminent, leurs gestes sont précis, leur présence crée une tension féconde. Il ne s’agit pas d’un simple accompagnement sonore, c’est un dialogue permanent qui a été construit avec coeur et détermination. Les pulsations électriques rencontrent la douceur d’une mélodie, les nappes sonores amplifient les silences. Trois berceuses surgissent, portées dans différentes langues dont l’inuit et la salle devient un territoire commun. Les cultures s’entrelacent, les frontières se dissolvent pour faire sens ensemble. La musique rassemble, elle console et elle insuffle un souffle collectif. Cette osmose entre les artistes donne au spectacle une intensité rare. On sent un partage authentique ainsi qu’un engagement total. Le spectacle rappelle que la haine peut gagner du terrain, mais que l’espoir se cultive avec obstination. On ressort galvanisé, prêt à croire que d’autres chemins restent possibles.
Cette création est un acte d’art et de résistance. Elle transforme un manifeste en expérience collective vibrante que chacun peut s’approprier.
Où voir le spectacle?
Au théâtre 14 jusqu’au 21 février 2026