
Il est des spectacles qui frappent au cœur autant qu’à l’esprit. « Psychodrame » secoue, questionne et bouleverse avec une grande intensité sur la santé mentale. La scène devient un champ de bataille intime où l’humain lutte pour rester debout et avancer.
Fernanda Barth, Valentine Bellone, Anne Knosp, Valentine Krasnochok, Nelly Latour et Jordane Soudre incarnent tour à tour soignantes et patientes avec une précision stupéfiante et un investissement total. Une blouse retirée, une chevelure relâchée, une paire de lunette mise et la psychologue se mue en femme-serpent, en enfant blessée ou en figure autoritaire. Les métamorphoses s’enchaînent avec fluidité, révélant la fragilité et la force de chacune. Les traumatismes prennent corps, les silences deviennent palpables, les cris résonnent longtemps. Le psychodrame, loin d’être un simple dispositif théâtral, apparaît comme un outil thérapeutique exigeant, structuré, profondément humain. Rejouer pour réparer, incarner pour comprendre, traverser pour transformer. La pratique se déploie sous nos yeux avec une structure presque documentaire. On découvre la rigueur du protocole, la nécessité du temps, la confiance fragile qui unit patientes et thérapeutes. L’engagement des interprètes donne à chaque scène une authenticité touchante.

L’arrière-plan politique irrigue la représentation avec une lucidité brûlante. Le budget diminue, les postes se raréfient, la santé mentale devient variable d’ajustement dans une logique comptable implacable. Le new public management s’infiltre jusque dans les couloirs du soin, réduisant l’humain à une ligne de coût sur un tableur et rien d’autre. Les soignantes se battent bec et ongles pour préserver leur pratique, conscientes que le psychodrame offre un espace irremplaçable. Leur lutte donne au spectacle une tension dramatique continue. On sent la fatigue, la colère, la détermination. L’annonce des coupes budgétaires agit comme un couperet. Tout un monde menace de s’effondrer et avec lui des possibilités de guérison. Cette dimension engagée n’écrase jamais l’émotion. Bien au contraire, elle l’amplifie. On apprécie le moment où on nous montre comment ces femmes médecins font chez elle pour évacuer cette pression. Une scène d’une grande beauté. La pièce interroge frontalement notre rapport au soin et à la dignité ainsi que celui de l’état avec la notion de service public.
L’espace scénique, d’une sobriété intelligente, renforce cette immersion. Quelques chaises, une plante, un portemanteau suffisent à créer un lieu crédible et mouvant. Le couloir visible, les fenêtres fragilisées, la porte battante deviennent des symboles d’un système fissuré. Chaque recoin est investi avec une énergie collective. Les déplacements dessinent des lignes de tension, les regroupements créent des îlots de solidarité. Le rythme soutenu des deux heures passe très rapidement. On comprend concrètement ce qu’implique cette méthode thérapeutique, la patience qu’elle exige, la foi qu’elle suppose. Le combat des soignantes dépasse la fiction car il devient miroir de notre époque. Cette création audacieuse rappelle que le théâtre peut être un acte de résistance autant qu’un geste d’empathie. Les applaudissements au combien chaleureux, même des adolescents, prouve que le message à toucher sincèrement.
« Psychodrame » est un uppercut artistique, engagé et politique. Il éclaire avec force les failles d’un système qui oublie l’essentiel : la santé du patient. Une œuvre courageuse qui donne envie de défendre le soin comme un bien commun.
Où voir le spectacle?
Au théâtre 13 jusqu’au 20 février 2026