
Un spectacle peut parfois commencer avant même que la lumière ne s’éteigne. Ici, l’expérience s’invente dès l’arrivée en salle, engageant le public dans un rituel aussi absurde qu’universel. Ce moment partagé annonce une aventure théâtrale où le rire devient un langage commun.
Le dispositif imaginé transforme l’attente en jeu collectif, invitant chaque spectateur à construire lui-même son siège à l’aide d’une notice d’une clarté redoutable. Les codes couleur, les étapes précises et la mécanique du montage réveillent aussitôt des souvenirs domestiques chaotiques, déclenchant une complicité immédiate dans la salle. Cette entrée en matière agit comme une mise en énergie collective, abolissant la frontière habituelle entre plateau et gradins. Le public devient acteur d’un moment partagé, déjà plongé dans un univers où l’absurde dialogue avec le quotidien. Cette préparation ludique installe une attention vive et joyeuse. Le rire surgit avant même l’apparition formelle des artistes. L’expérience se construit dans le faire ensemble. L’ordinaire se charge soudain d’une poésie inattendue. La simplicité du geste ouvre un espace de jeu étonnamment profond et ingénieux. L’imaginaire est déjà en mouvement.
Au centre du dispositif bi-frontal, Étienne Manceau et Mathieu Despoisse occupent un espace pris en étau entre deux regards, créant une proximité rare et précieuse. Leur entreprise dépasse largement l’assemblage d’un meuble ikéaonique, devenant peu à peu une métaphore sensible du lien qui les unit. Les confidences émergent avec une délicatesse désarmante, abordant la vie intime, les désirs, les doutes, les trajectoires personnelles… « On se sent nul ». Le montage progresse au rythme de leurs échanges, révélant fragilités et élans avec une sincérité touchante. Les corps se plient, s’entrelacent, se soutiennent dans des acrobaties aussi périlleuses que burlesques. Chaque déséquilibre nourrit le comique autant que l’émotion. L’humour naît autant de la justesse des situations autant que leur cocasserie. La relation se donne à voir sans artifice. On se reconnaît dans ces tentatives, ces hésitations et ces élans partagés. La scène devient un espace de confiance et proxémie.
La loufoquerie irrigue l’ensemble sans écraser la dimension humaine, trouvant un équilibre rare entre performance physique et récit intime. La précision des gestes, leur inventivité, la musicalité des mouvements et le sens aigu du rythme transforment l’effort en chorégraphie inattendue qui s’admire. Chaque instant semble pensé pour provoquer un rire franc, collectif et libérateur, mais aussi une émotion douce, vraie et durable. On réagit comme un seul corps, portée par une énergie communicative et délicate. Le rire rassemble des inconnus autour d’une expérience commune, créant une communauté éphémère et chaleureuse. « Pling-Klang » réussit à faire du trivial un terrain d’exploration poétique et rêveur. Rien n’est forcé, tout est fluide. La générosité du duo irrigue chaque séquence et on voit le travail réalisé pour cette fluidité. Le temps file sans que l’on s’en rende compte. La sensation d’avoir vécu quelque chose d’unique s’impose. On ressort le cœur léger et le sourire large. Un moment précieux comme on aimerait en avoir plus souvent.
Ce spectacle offre une joie rare, simple et profondément humaine. Il rappelle que le rire partagé possède une puissance de rassemblement inestimable et nécessaire. Une expérience précieuse qui donne envie de faire du montage, de s’asseoir et de vivre ensemble. Mais surtout de savourer l’instant présent sans jamais trop le prendre à la légère.
Où voir le spectacle?
Au théâtre du Rond-Point jusqu’au 6 février 2026