Il arrive que le théâtre prenne des allures de joyeuses déflagrations. Ces moments-là surgissent quand le plateau devient un terrain de jeu de tous les possibles. L’énergie est telle qu’on comprend très vite que tout peut arriver et surtout le meilleur.

Un couple se dévoile, se parle, s’affronte, se cherche, puis déraille avec une virtuosité réjouissante. Laure Mathis et Douglas Grauwels orchestrent la dispute comme un art majeur, précis et rythmique, où chaque débordement semble savamment maîtrisé. Le texte se frotte à l’improvisation, l’improvisation mord le texte et on se retrouve happé dans une spirale délicatement explosive. Les échanges deviennent des duels savoureux, nourris de provocations assumées et de tentatives malicieuses pour faire trébucher l’autre. La salle rit franchement devant cette mécanique bien huilée où l’absurde surgit sans prévenir. Le fameux moment pédagogique et amusant autour du clitoris, expliqué avec bras et jambes en renfort, déclenche une joie collective aussi libératrice qu’intelligente. Le rire fuse parce qu’il est partagé, frontal, sincère et jamais condescendant.

« PEDRO » s’amuse des codes du mélodrame avec une gourmandise contagieuse. Clin d’œil assumé à l’univers d’Almodóvar, PEDRO surgit comme un fantôme joyeux, pendant que Beatriz et José-Manuel, divas de télénovela, traversent un scénario qui déborde de partout. Les personnages jouent à se déséquilibrer, à se surprendre, à s’attaquer là où on ne les attend pas. La langue inventée, ce français délicieusement espagnolisé, devient une arme redoutable, accessible à toutes et tous, immédiatement compréhensible. Les gestes se tendent, les postures se cassent, les corps racontent autant que les mots. Des armes apparaissent, la tension monte et une question ironique flotte dans l’air : faut-il vraiment en arriver là pour être entendue par son homme ?

Sous l’humour éclatant, les thèmes affleurent avec une efficacité redoutable. Masculinisme, gaslighting, domination patriarcale se glissent dans les interstices du jeu, portés par une intelligence de plateau réjouissante. Le spectacle ne donne aucune leçon mais appuie là où ça pique, ça gratte, avec une liberté insolente et un sens aigu du timing. Cette comédie électrique transforme la dispute en espace politique, le rire en outil critique et la complicité scénique en moteur de réflexion. On se laisse embarquer sans résistance, pris dans un tourbillon où la virtuosité sert toujours notre plaisir. L’expérience se vit comme une fête théâtrale aussi drôle que percutante. Les applaudissements ne peuvent qu’être très chaleureux.

On ressort porté par une énergie rare et contagieuse. Le rire devient un acte de résistance joyeux, réflexif et collectif.

Où voir le spectacle? 
Au 104 du 29 au 31 janvier 2026

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