Une fresque touchante s’élève, portée par la passion, la musique et le courage. L’histoire nous emporte dans un souffle romanesque où l’amour, l’engagement et l’art se répondent avec une rare intensité. Impossible de rester à distance face à ce spectacle vibrant qui fait battre le cœur et réveille la mémoire collective pour agir.

L’intrigue se déploie autour de figures puissantes, portées par une écriture qui mêle passions amoureuses et basculement historique. La relation entre Germaine Sablon et Joseph Kessel s’inscrit dans un tourbillon de liberté, de désir et de choix impossibles. Deux femmes gravitent autour d’un homme incandescent, l’une ancrant le réel, l’autre ouvrant l’horizon du rêve, jusqu’au moment où l’Histoire vient tout fracasser. La montée des périls transforme l’artiste et l’aventurier en résistant, révélant un engagement viscéral face à l’oppression. Les fractures d’une France coupée en deux apparaissent avec une clarté saisissante. Le parcours intime devient politique. L’émotion naît de cette porosité entre avenir individuel et tragédie collective. Le récit touche par sa sincérité et son humanité. Chaque étape résonne avec notre présent. La mémoire se transmet par le souffle du théâtre vivant. La tension dramatique reste constante et captivante.

La troupe impressionne par une complicité sincère et une précision de jeu. Marina Pangos, Éric Chantelauze, Thierry Pietra, Thibault Pinson, Élodie Colin et Mehdi Bourayou incarnent une multitude de rôles avec une fluidité impressionnante, créant un chœur vibrant et organique. Les personnages se succèdent sans jamais perdre en lisibilité, tant l’engagement collectif est total. Chaque interprète porte l’histoire à bras-le-corps, nourrissant une énergie commune qui donne vie à un récit hors-du-commun. La connivence se ressent à chaque regard, à chaque déplacement et à chaque silence partagé. Nous sommes happés par cette dynamique de groupe rare et précieuse. La musique devient un moteur dramatique autant qu’un refuge. Les chansons de Germaine Sablon retrouvent une puissance insoupçonnée surtout qu’elles sont magnifiquement interprétées. Le Chant des partisans renaît avec une vitalité communicative et touchante. L’envie de fredonner surgit naturellement et encore longtemps après la représente. La salle vibre à l’unisson.

La mise de Julien Delpech et Alexandre Foulon et la scénographie d’Antoine Milian proposent un espace ample et intelligemment structuré, permettant une circulation fluide entre les lieux, les époques et les états émotionnels. La présence de la musique joué en live, par Mehdi Bourayou, apporte une chaleur immédiate et renforçant l’immersion. Les transitions s’opèrent avec élégance, donnant au spectacle un souffle cinématographique. L’aventure humaine se raconte autant par les corps que par les sons. La mise en jeu du plateau révèle une grande intelligence dramaturgique. L’ensemble crée un équilibre subtil entre fresque historique et récit intime, mais surtout une sensation d’élan collectif qui emporte durablement. La portée politique se glisse sans didactisme. L’émotion surgit dans les détails. Le rythme soutient l’attention jusqu’au dernier instant et le temps s’envole. La mémoire se grave dans les cœurs. L’écho résonne longtemps après le salut final qui nous rappelle que lutter contre les extrémistes est d’autant plus une lutte à mener actuellement.

« Le chant des lions » nous touche par sa générosité, sa sincérité et sa volonté de transmission. Il rappelle que l’art et la résistance peuvent naître d’un même souffle. Une œuvre nécessaire, vibrante et profondément humaine, à laquelle on pense tout en chantonnant. A voir absolument.

Où voir le spectacle? 
Au théâtre des Mathurins jusqu’au 30 avril 2026

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