Qui aurait cru que les fables de Jean de La Fontaine pouvaient encore bouleverser notre manière de penser le monde ? Au Théâtre des Mathurins, Laura Lange propose une rencontre vivifiante entre littérature et philosophie. Un spectacle lumineux qui transforme les souvenirs d’école en véritable aventure intellectuelle.

Laura Lange entre en scène avec une énergie communicative qui capte immédiatement l’attention. Sa présence rayonne d’un mélange de chaleur, d’humour et d’intelligence. Elle pose des affirmations qui font du bien d’être rappelé. « Je pense que l’on a rencontré la philosophie trop tard et les Jean de La Fontaine trop tôt. »  L’idée résonne aussitôt dans la salle. Les fables apprises enfant reviennent en mémoire comme des fragments incomplets. La philosophe invite alors à les redécouvrir autrement, à les regarder avec un regard adulte capable d’en saisir toute la profondeur. Sa parole circule avec une fluidité remarquable. Elle dialogue constamment avec le public, posant des questions, recueillant des réactions, transformant la salle en espace de réflexion collective. Elle brise avec maîtrise ce quatrième mur. Cette interaction donne au spectacle une vitalité rare. Laura Lange affirme : « Réfléchir, c’est nier ce qu’on croit. » La phrase agit comme un déclencheur. Elle nous entraîne à relire les textes de La Fontaine sous un angle inattendu, révélant leur modernité et leur ironie.

Le spectacle navigue avec aisance entre érudition et humour. Laura Lange revendique son amour pour la philosophie avec un enthousiasme contagieux. « Je suis une existentialiste convaincue », lance-t-elle avec un sourire malicieux avant de replonger dans l’analyse des fables. Elle rappelle que l’auteur s’inspire d’Ésope et d’autres traditions narratives, puis elle éclaire la façon dont La Fontaine transforme ces récits en véritables outils de pensée. Les morales prennent soudain une dimension nouvelle. Les mots deviennent des invitations à réfléchir sur nos choix, nos illusions et nos contradictions. « La grande conquête est déjà intérieure ». On écoute avec une attention gourmande, heureux de redécouvrir ces textes qui semblaient familiers. Le rire surgit souvent, révélant la finesse et la justesse de l’approche.

À ses côtés, Jérôme Palmer accompagne la représentation au piano avec une élégance joyeuse. Sa musique jazy installe une atmosphère chaleureuse dès l’entrée dans la salle. Les notes ponctuent les réflexions et dialoguent avec la parole de Laura Lange. Cette complicité artistique apporte un rythme délicieux au spectacle. La scénographie imaginée par Yannick Bourdelle contribue à cette fluidité en utilisant un écran encadré d’une structure qui se transforme au fil des images projetées. Les illustrations nourrissent l’imaginaire et prolongent les analyses. L’ensemble crée un écrin poétique où les fables reprennent vie. Laura Lange rappelle avec malice : « Pour s’enivrer de vers, il faut prendre de la bouteille. ».  La formule résume parfaitement l’esprit de cette proposition : savourer les textes avec maturité, curiosité et plaisir.

Philosophons avec les fables de La Fontaine est un spectacle aussi brillant qu’inspirant. Laura Lange réussit à rendre la philosophie accessible, vivante et joyeuse. Une soirée stimulante qui donne envie de rouvrir La Fontaine avec un regard neuf.

Où voir le spectacle? 
Au théâtre des Mathurins jusqu’au 28 avril 2026

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