Au Théâtre 13, Somnambule invite à un voyage sensible entre rêve, espoir et la dure réalité. À travers le parcours d’Asmaa, jeune réfugiée, le spectacle mêle théâtre, musique, chant et poésie pour raconter une trajectoire de vie. Une proposition délicate et engagée qui touche par sa sincérité, son authenticité et son inventivité.

Asmaa Samlali arrive sur scène avec une histoire à raconter, une histoire qui déborde de frontières, de langues et de souvenirs. Elle évoque son départ du Maroc, ses engagements politiques et ce choix irréel de suivre un Pokémon pour traverser la Méditerranée. Cette image, à la fois naïve et puissante, devient un fil conducteur poétique qui éclaire son parcours. Les références à l’enfance se mêlent à des réalités bien plus dures. L’arrivée en France, la demande d’asile, les passages répétés à la préfecture, les attentes interminables et les humiliations administratives s’inscrivent dans le récit avec une justesse frappante. Le spectacle ne cherche pas à lisser ces expériences. Il les expose avec une douceur lucide et glaçante. La parole d’Asmaa circule entre plusieurs langues, créant une musicalité singulière qui n’a pas de limite. Le français, l’amazigh et l’arabe se répondent et composent une narration riche et nuancée. On se laisse porter par cette langue multiple, comme une invitation à écouter autrement, même si l’on ne comprend pas.

La dimension musicale joue un rôle essentiel dans cette traversée. Zoé Kammarti accompagne la scène avec une présence discrète, lumineuse et précieuse. Ses compositions soutiennent les émotions, prolongent les mots et donnent au spectacle une profondeur supplémentaire. Le duo formé avec Asmaa fonctionne avec une belle complicité. La musique devient un espace de respiration, un refuge où les tensions peuvent se déposer ou exploser. Les chansons apportent une douceur et de l’engagement qui contraste avec la dureté de certaines situations évoquées. L’histoire d’amour, esquissée, ajoute une lumière particulière à ce parcours. Cette femme « belle comme la révolution » apparaît comme un symbole d’espoir, de liberté et de champs de possible.

Le spectacle déploie également un univers visuel inventif. La chambre de bonne, trop étroite pour contenir toute une vie, s’ouvre sur des images projetées qui prolongent l’imaginaire. Le personnage de Pikachu, loin d’être un simple clin d’œil, devient une figure complexe. Il évoque à la fois l’enfance, la fuite, le contrôle et la nécessité de se transformer pour survivre. Les vidéos de Samir Ramdani enrichissent cette dimension en donnant corps à un double d’Asmaa qui traverse le temps et l’espace. Le spectacle aborde avec finesse les questions d’identité, de visibilité et de représentation. Les scènes évoquant les entretiens administratifs soulignent la violence symbolique de certaines procédures. L’expérience proposée au public commence même avant l’entrée en salle, créant un effet immersif qui interroge notre position de spectateur face à des ordres. L’ensemble compose un récit sensible et profondément actuel, porté par une énergie sincère et généreuse.

Somnambule est un spectacle touchant qui mêle poésie, musique et engagement avec une grande justesse. Cette création donne à entendre une voix singulière et nécessaire. Une expérience chaleureuse qui invite à regarder autrement les parcours d’exil.

Où voir le spectacle? 
Au théâtre 13 jusqu’au 20 mars 2026

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