
Une casquette, un sweat, une télécommande et une tornade d’énergie prête à tout emporter. Au théâtre de la Bastille, Histoires de graffeuses transforme la conférence en show jubilatoire. Hortense Belhôte signe une performance aussi érudite que délicieusement déjantée et drôle.
Impossible de rester passif face à Hortense Belhôte. Elle entre en scène comme une décharge électrique, immédiatement connectée au public. Le spectacle démarre avec un quiz musical autour du rap et déjà la salle s’anime, répond, s’enflamme. Elle joue, relance, improvise et installe un climat de confiance joyeuse. Très vite, elle déroule son sujet avec une aisance impressionnante avec l’histoire des femmes dans le street art. Une histoire souvent invisibilisée, effacée, reléguée à l’ombre des signatures masculines. À travers une multitude d’images, de références et d’anecdotes, elle redonne leur place à ces artistes. Le savoir circule avec fluidité, sans jamais alourdir le propos, bien au contraire. Chaque transition devient un moment de théâtre, chaque information un prétexte à rire. Elle captive sans effort apparent. Le public suit, rit, apprend, se laisse embarquer. Quel talent!
Le talent de la performeuse réside dans sa capacité à mêler les niveaux de récit, de langue et de rythme. Elle convoque la grande Histoire, celle des luttes féministes et des pratiques artistiques urbaines, tout en y injectant sa propre expérience. Cette hybridation donne une densité particulière au spectacle. On passe d’un fait historique à une anecdote personnelle, d’une analyse à une blague, d’un chiffre à une danse improvisée. Tout est vraie. Le rythme est soutenu, presque effréné, porté par une parole précise, compréhensible et incarnée. Elle maîtrise parfaitement l’art de la relance, du rebond, de la surprise… Le corps devient un outil de narration, au même titre que la voix. Elle occupe l’espace avec une liberté réjouissante et avec un charisme détonnant. La scène semble trop petite pour contenir toute cette énergie et cette envie de transmettre.
La dimension visuelle enrichit encore l’expérience. Les images projetées défilent avec une précision millimétrée, déclenchées par cette fameuse télécommande qu’elle manie comme une baguette magique. Chaque photo vient appuyer un propos, illustrer une idée, provoquer une réaction. Le spectacle devient alors un dialogue constant entre le visuel, le verbal et le corporel. L’humour agit comme un fil conducteur, permettant d’aborder des sujets sérieux avec légèreté. Elle joue même avec son tee-shirt et des projections de textes dessus. La question de la place des femmes dans l’espace public, de leur visibilité, de leur reconnaissance, est posée avec clarté. Le rire devient un outil critique, une manière d’ouvrir la réflexion sans l’imposer. On sort avec l’impression d’avoir appris beaucoup, tout en ayant passé un moment intensément joyeux mais aussi stimulant.
Histoires de graffeuses est une réussite éclatante, à la fois drôle, intelligente et engagée. Hortense Belhôte y déploie un talent rare pour transmettre avec panache, intelligence et talent. Un spectacle qui donne envie de regarder les murs autrement et de retourner voir sur scène une artiste hors du commun.
Où voir le spectacle?
Au théâtre de la Bastille jusqu’au 7 avril 2026