Hamlet(te) s’écrit avec une parenthèse est déjà une déclaration d’intention. Clémence Coullon s’empare du classique shakespearien avec une audace folle et une joie communicative. Elle le chamboule, le détourne, le réinvente de fond en comble pour notre plus grand plaisir.

Tout commence avec un titre : Hamlet(te). Cette parenthèse, malicieuse et programmatique, dit tout de l’esprit qui anime le spectacle. Il faut y voir un clin d’œil, une mise en abime, une promesse de détournement singulier. Et la promesse est tenue avec un brio stupéfiant. Clémence Coullon, adaptation, mise en scène et dramaturgie, s’empare du prince danois et le fait vaciller puis disparaître tout simplement. Hamlet se perd littéralement en chemin et la survolté metteuse en scène entre alors sur scène avec son assistante pour prendre les choses en main. Ce coup de théâtre dans le coup de théâtre déclenche une mécanique burlesque irrésistible, cousine de l’absurde de Jasper Fforde, où les conventions s’effondrent avec délectation. La pièce se joue des attentes du public, du classique du genre, brise le quatrième mur et réinvente jusqu’à l’accident comme moteur dramaturgique. L’inattendu n’est plus une faute : c’est une chance saisie à bras-le-corps.

Toute l’action se déroule au pied d’un grand escalier de palais, unique décor d’une pièce qui n’en a pas besoin d’autre. L’unité de lieu, loin de contraindre, libère une énergie loufoque et concentre l’attention sur l’essentiel : les corps, les voix et le jeu. Dans cet espace unique, on rencontre le spectre du roi dans la forêt, des membres des partisans de Claudius aux appartements d’Ophélie, sans jamais perdre pied ou plutôt, en perdant pied volontairement avec jubilation. Et quelle surprise réserve-t-on à la douce Ophélie, promise à la noyade depuis des siècles ? Un relooking, un nouveau départ, un destin tout autre que l’on aime énormément. C’est là que la mise en scène et la scénographie révèle sa générosité que derrière l’absurde et le comique de situation, il y a une vraie tendresse pour les personnages, une envie de les affranchir du classicisme. Clémence Coullon joue avec les ressorts shakespeariens en connaisseuse de cause et l’on rit tout autant qu’on réfléchit. Quel talent!

Ils sont quinze sur scène — Alexandre Auvergne, Rita Benmannana, Louis Battistelli, Chloé Besson, Olivier David, Lomane de Dietrich, Hermine Dos Santos, Neil-Adam Mohammedi, Tom Menanteau, Hugo Merck, Guillaume Morel, Hélène Rimenaid, Basile Sommermeyer, Léna Tournier Bernard — et chacun apporte une présence, une précision, une générosité qui forcent l’admiration. Il y a dans ce groupe très talentueux, une énergie de troupe rare, ce plaisir palpable de jouer ensemble qui se transmet immédiatement au public. La rigueur professionnelle et la bonne humeur ne s’opposent jamais. Bien au contraire, ils se nourrissent. On sent une confiance mutuelle totale, un engagement sans faille dans des situations volontairement imprévisibles. C’est cela, au fond, le vrai tour de force du spectacle, faire de l’inattendu non pas un risque, mais un terrain de jeu commun, où chaque comédien est prêt à tout réinventer à la seconde. Grâce à ça, les deux heures de représentation file à grande allure avec plaisir qui ne nous quitte jamais. On applaudit avec un vrai plaisir et on ne veut pas s’arrêter. Comment les remercier autrement? Alors MERCI de vous investir dans cette folie incroyable ingénieuse et drôle.

Hamlet(te) est une ôde au théâtre, drôle, inventive, profondément vivante et touchante. Clémence Coullon et sa troupe prouvent que l’on peut dynamiter un classique avec amour et en sortir plus libre, plus humain et surtout plus joyeux. Une soirée qu’on n’oubliera pas de sitôt.

Où voir le spectacle? 
Au théâtre 13 jusqu’au vendredi 17 avril 2026

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