
À la comédie des trois bornes, Écoutez battre fait l’effet d’une secousse joyeuse, salutaire et féministe . Klaire fait Grr débarque avec ses “chansons-pas-chantées”, son humour acéré et sa rage lumineuse, mais sans perdre une once de tendresse. Une soirée qui donne autant envie de rire que de relever la tête.
Klaire fait Grr possède un talent rare : celui de transformer la colère en énergie collective. Avec une précision redoutable, elle parle du harcèlement, des violences faites aux femmes, de la montée des discours populistes ou encore de cette désinformation qui brouille tout. Et pourtant, rien n’écrase. Au contraire, tout pulse de vie, d’humour et d’amour. Elle évoque sa sœur, sa nièce, les amitiés féminines, la solidarité, la sororité cette nécessité de se soutenir pour continuer à avancer ensemble. Ses mots claquent, grincent, provoquent parfois des éclats de rire inattendus avant de venir toucher quelque chose de plus intime. On rit franchement, puis une phrase vient soudain serrer le cœur. Cette capacité à passer d’une émotion à l’autre donne une vitalité incroyable à la représentation. On réagit immédiatement, emporté par cette parole libre, drôle et profondément sincère. Chaque texte ressemble à une conversation urgente avec la salle, portée par une immense générosité et sincérité. « Prozac partout justice nulle part. »
Aux côtés de Klaire fait Grr, Prisco Langet accompagne chaque morceau au piano et à la guitare avec finesse et joie. Sa présence apporte une respiration constante, oscillant entre douceur mélancolique et énergie entraînante. La complicité entre les deux artistes saute immédiatement aux yeux. Un regard, un silence ou une variation musicale suffisent à faire sens et laisse place à l’imprévu. Cette relation scénique donne beaucoup de relief aux textes et leur offre un véritable terrain de jeu émotionnel. La mise en scène de Karim Tougui privilégie une grande proximité avec le public. Cela crée une sensation chaleureuse, presque intime, comme si toute la salle devenait complice de cette parole vive et engagée. On se sent embarqué dans une sorte de cabaret militant où l’humour sert autant à réfléchir qu’à respirer ensemble. Et cette alliance fonctionne merveilleusement bien pour notre plus grand plaisir.
Ce qui frappe surtout, c’est l’élan incroyable qui traverse toute la soirée. Klaire fait Grr refuse le découragement. Elle transforme l’inquiétude en force collective et rappelle avec beaucoup d’intelligence l’importance de rester vigilant face aux injustices qui progressent autour de nous. Il faut cultiver la colère.
Pour autant, rien n’a ici la lourdeur d’une leçon. L’écriture reste vive, pétillante, souvent très drôle. Certaines punchlines déclenchent des salves de rires immédiates tant elles sonnent juste. On passe ainsi aisément d’un fou rire à une réflexion plus profonde sans jamais décrocher. Le sourire ne quitte aucun visage. Cette fluidité émotionnelle donne une sensation très rare, celle de ressortir à la fois plus léger et plus éveillé. Il faudrait davantage de propositions artistiques capables de faire circuler autant d’idées, de colère et d’espoir avec une telle liberté de ton. Une vraie bouffée d’air, portée par deux artistes brillants, engagés et profondément humains.
Écoutez battre mêle humour, engagement féministe et tendresse avec une vitalité irrésistible. Klaire fait Grr et Prisco Langet offrent un spectacle drôle, percutant et terriblement vivant. On ressort avec le sourire, des refrains plein la tête et une furieuse envie de continuer à lutter ensemble.
Où voir le spectacle?
A la Comédie des Trois Bornes jusqu’au 22 mai 2026