À Comédie des Trois Bornes, Chattologie transforme un sujet encore trop souvent tabou en immense moment de rire, de partage et de réflexion. Pendant plus d’une heure, on parle règles, douleurs, tampons, cup, endométriose et précarité menstruelle… avec une liberté jubilatoire. Une soirée drôle, intelligente et furieusement nécessaire.

Parler des règles sur scène devrait être la chose la plus normale du monde. Pourtant, il suffit encore aujourd’hui de prononcer certains mots pour voir naître gêne ou malaise. Louise Mey prend tout cela à bras-le-corps avec une écriture vive, drôle et redoutablement efficace. On parle ici du sang, des douleurs qui plient le ventre, des protections parfois inadaptées, des remarques absurdes du type “t’as tes règles ?”, des établissements scolaires sans distributeurs, de la taxe rose, de la première fois où l’on met une cup ou encore des souffrances liées à l’endométriose. Le plus fort reste cette capacité à alterner informations très précises et humour ravageur. Les éclats de rire traversent toute la salle, puis une phrase vient soudain rappeler une réalité beaucoup moins légère. Cette oscillation permanente donne une énergie incroyable à la représentation. On sent aussi combien chaque personne présente possède ses propres souvenirs, ses propres anecdotes, ses propres colères et se retrouve à un moment où un autre. Cela crée immédiatement une proximité chaleureuse avec l’humoriste sur scène. « La colère c’est le changement ».

Seule sur scène, Alice Bié impressionne par son aisance, son sens du rythme et de l’impro. Elle possède une présence lumineuse, capable d’enchaîner les punchlines hilarantes, les confidences plus tendres et les moments de colère avec une fluidité remarquable. Son jeu déborde de spontanéité. On a parfois l’impression d’écouter une amie extrêmement drôle raconter tout haut ce que beaucoup pensent tout bas ou n’ont jamais partagé. Elle joue avec le public, l’interroge, relance sans cesse l’attention et transforme la salle entière en espace de discussion joyeusement décomplexé. La mise en scène de Karim Tougui accompagne parfaitement cette dynamique. Tout reste simple, direct et vivant afin de laisser respirer la parole et l’humour. Le rire devient ici un véritable outil collectif : il soulage, rassemble et permet d’aborder des réalités encore trop invisibilisées. Impossible de voir le temps passer tant l’énergie circule naturellement et que l’on rit de bon coeur.

Ce qui marque le plus, c’est cette sensation de sortir grandi sans avoir eu l’impression d’assister à une leçon descendante. Tout passe par l’intelligence du texte, la générosité de l’interprétation, l’ingénieuse mise en scène et cette envie constante de partager quelque chose d’essentiel avec le public. La salle rit énormément, réagit, approuve, parfois même applaudit en plein milieu d’une phrase. L’ambiance devient presque celle d’une grande discussion collective où chacun reconnaît des situations déjà vécues ou entendues. Il y a aussi beaucoup de tendresse dans cette façon de rappeler que personne ne devrait avoir honte d’une tache de sang ou d’un corps qui souffre. Cette humanité traverse toute la soirée et donne encore plus de force aux passages les plus percutants.
Drôle, piquant, engagé, accessible : tout fonctionne avec une redoutable efficacité. Voilà le genre de proposition culturelle qui donne envie de continuer à ouvrir la parole partout.

Chattologie réussit le pari d’être hilarant, utile et profondément libérateur. On rit énormément, mais on repart aussi avec l’envie de parler plus librement de tous ces sujets encore trop tus. Un spectacle indispensable, porté avec l’énergie contagieuse d’Alice Bié.

Où voir le spectacle? 
A la Comédie des Trois bornes jusqu’au 26 juin 2026, le vendredi soir à 21h00.