Au Théâtre de l’Athénée, Cendrillon renaît avec éclat dans une version aussi délicate, drôle qu’audacieuse. L’opéra de Pauline Viardot retrouve ici toute sa poésie, entre enchantement et regard contemporain. Une relecture lumineuse qui touche autant le cœur que l’intelligence, toutes générations confondues.

Cette Cendrillon s’inscrit dans la tradition du conte tout en s’en détachant avec élégance. Pauline Viardot, figure majeure et pourtant longtemps oubliée, offre une version plus humaine et nuancée du récit de Perrault. Ici, le merveilleux ne disparaît pas, il se transforme, se glisse dans les détails et les émotions. Le destin de l’héroïne gagne en profondeur et en réflexion. Elle ne se contente pas d’attendre, elle pense, doute, questionne sa place dans le monde. « Pour être princesse, il faut être princesse », chante-t-elle, comme une évidence cruelle. La question sociale traverse discrètement l’histoire. Le prince, attiré par Cendrillon, se heurte à ses propres codes, incapable d’aimer au-delà du rang social. Cette tension donne au spectacle une résonance contemporaine. Les enfants rient, les adultes perçoivent les sous-textes. Le conte devient alors un miroir subtil de nos représentations.

La distribution brille par son engagement et sa précision. Apolline Raï-Westphal incarne une Cendrillon sensible et déterminée, portée par une voix claire et expressive. Elle compose un personnage à la fois fragile et résolument libre. Face à elle, les deux sœurs narcissiques et cruelles, interprétées par Clarisse Dalles et Romie Estèves, déploient une énergie comique réjouissante. « Certaines vont au bal et d’autres n’iront pas. » Leurs excès, leurs ambitions démesurées et leur absence totale d’empathie créent des moments savoureux, notamment lors de la scène du bal. Le jeu des doubles rôles notamment entre le prince et son chambellan, Tsanta Ratia et  Enguerrand de Hys en alternance avec Benoît Rameau, amuse par sa finesse et rappelle les jeux d’identité cher à Marivaux. Le père, le Baron de Pictordu, Olivier Naveau, montre un homme profiteur et malhonnête. Pour l’argent, il est prêt à tout.  La fée, incarnée par Lila Dufy, apparaît comme une présence presque irréelle, douce et lumineuse. Sa voix enveloppe la scène d’une tendresse apaisante. Chaque interprète trouve sa place dans cet ensemble harmonieux. L’énergie collective donne au spectacle une fluidité remarquable.

La proposition musicale et visuelle participe pleinement à la réussite de cette création. L’arrangement de Jérémie Arcache offre une nouvelle palette sonore à la partition originale. Les musiciens, intégrés à l’action, deviennent des personnages à part entière. Leur présence, tantôt discrète, tantôt ludique, apporte un relief inattendu. On salue le talent et la folie douce du cioloncelle Clotilde Lacroix en alternance avec Marwane Champ, de la clarinette Clément Caratini en alternance avec Vincent Lochet et des percussions Théo Lamperier en alternance avec Valentin Dubois? Les costumes de Mariane Delayre jouent sur des couleurs franches et identifiables, facilitant la lecture du spectacle tout en créant une esthétique forte et festive. Les transformations de tenues, entre bal et quotidien, ajoutent une dimension concrète et réaliste au récit. Une belle fille porte une robe avec un legging. L’ingéniosité se retrouve aussi dans les choix scéniques, notamment lors de la scène du bal où Cendrillon surprend en optant pour une performance inattendue inspirée du cinéma muet. L’imaginaire est constamment stimulé. « Le soulier me va, je choisis. » Le spectacle se réinvente à chaque instant, offrant une expérience merveilleuse, vivante, drôle et qui questionne.

Cette Cendrillon est une réussite éclatante, à la fois fidèle et résolument moderne. Elle célèbre l’intelligence du conte tout en questionnant ses codes avec finesse. Un véritable coup de cœur qui émerveille et fait réfléchir.

Où voir le spectacle? 
Au théâtre de l’Athénée jusqu’au 22 mars 2026

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