Il existe des spectacles qui frappent comme un tambour de guerre et réchauffent comme un feu de joie. « Break the Rock » est un brasier. Une célébration ardente où la musique devient un acte de survie et de dénonciation.

Sur la scène du Théâtre du Rond-Point, les Dakh Daughters surgissent telles des figures d’opéra punk, visages poudrés de blanc, joues rouges éclatantes, tutus noirs et collants sombres, prêtes à transformer la douleur en énergie pure. Nataliya Halanevych, Ruslana Khazipova, Solomiia Melnyk et Ganna Nikitina ne chantent pas seulement. Elles témoignent, elles invoquent, elles frappent le sol du pied avec rage comme pour réveiller le monde. Leur pays est meurtri, leurs proches ont payé le prix fort et chaque note semble porter la mémoire des absents. Un léger flottement accompagne l’ouverture mais lorsque les artistes s’installent derrière leurs instruments de musique, l’explosion sonore emporte tout. Les harmonies se mêlent aux rythmes tribaux, les voix s’élèvent comme des appels. L’hiver ukrainien, le froid, les coupures d’électricité, la guerre imposée par Vladimir Poutine résonnent en arrière-plan, transformés en matière poétique et féroce. Le concert devient alors une déclaration de vie.

Break the Rock s’impose comme un manifeste incandescent. Les surtitres permettent de saisir chaque mot, chaque cri, chaque fragment de révolte lancé au public. Sur l’écran, des images défilent, entre dessins, photos et créations visuelles, nourrissant l’émotion collective. La musique navigue entre cabaret, folk, rock et pulsations électroniques, créant un langage singulier et unique. On perçoit la cohésion d’un collectif soudé par l’épreuve et la création. Les instruments circulent, les rôles s’échangent, l’énergie ne faiblit pas, bien au contraire. Cette performance agit comme un cocktail artisanal jeté contre le mur de la résignation. On écoute enivré, emporté et en se laissant traverser par cette onde vibrante. L’engagement des Dakh Daughters dépasse la scène. Leur enthousiasme, leur rage sublimée, leur humour parfois grinçant construisent un espace de communion rare. Chaque morceau ressemble à une veillée moderne où l’on partage autant la peine que l’espérance. Impossible de rester insensible à ces vagues d’enthousiasme. Le collectif d’artistes enflamment la scène française et internationale depuis 2013.

Ce concert est une fête ardente née au cœur du tumulte. Il prouve que la musique peut transformer la douleur en lumière. Une soirée essentielle qui donne envie de chanter plus fort que la peur.

Où voir le concert? 
Au théâtre du Rond-Point le 10 février 2026

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