La jeune troupe de l’école du Lucernaire s’approprie avec espièglerie ce vaudeville très enthousiasmant. Un fil à la patte déborde d’une impertinence joyeuse où les quiproquos s’enchaînent avec un dynamisme réjouissant. L’adaptation conserve toute la modernité du texte, avec une verve comique intacte.
La pièce prend vie sous les feux d’une troupe investie, dont l’énergie communicative insuffle une vitalité à chaque scène. Les costumes et accessoires sont soignés sans jamais alourdir le propos. L’essentiel reste dans la mécanique des portes qui claquent, les entrées et sorties rocambolesques, les caractères outrés et les retrouvailles cocasses. Parfois, ils s’amusent à tomber dans les clichés pour mieux valoriser l’amusement.
La mise en scène, de Florence Le Corre et Philippe Person, optimise le petit espace avec ingéniosité. On y voit un canapé, un guéridon, des miroirs, une rampe lumineuse et cela suffit à marquer les transformations de lieu, tout en soulignant la farce sans l’écraser. Fairouzou Anli, Eleonore Arras, Nina Bard-Bonnet, Julien Mead Bottinelli, Marie Brocquehaye, Alicia Brudey, Théo Brugnans, Alexandre Chapelon, Alba Chatelier, April Civico, Dushan Delic Illien, Jean Gerald Dupau, Emma Gombaud, Selma Hubert, Alexandre Jaboulay, Julien Jansen, Alice Macé, Yohan Marguier, Mathilde Rechaux, Constance Rocher, Sacha Roy Sainte-Marie, Clément Ternisien y mettent tous de leur énergie pour faire tout bouger en un clin d’oeil. A côté de ces brefs moments, ils s’amusent visiblement et nous avec eux. Lucette est éblouissante, Bouzin est délicieusement grotesque, le Général crève l’écran avec son accent très très prononcé et chacun trouve sa place dans cette valse théâtrale très chronométré.
Cette adaptation n’oublie pas le fond. Sous les rires et les portes qui claquent, la satire sociale reste acérée et sans pitié. Les ambitions matrimoniales, l’argent comme moteur des relations, la manipulation affective… Tout y est mis en relief avec malice et férocité. Le texte de Georges Feydeau garde son mordant, sa critique du paraître et des castes sociales. Elle reste toujours aussi pertinente, à une époque où l’image domine le réel. Le vaudeville devient ainsi miroir d’une société d’aujourd’hui, malgré son cadre fin de siècle et son humour si singulier.
Un fil à la patte est un festival de rires et de vivacité qui redonne indéniablement le sourire. Porté par une troupe pleine de fougue et une mise en scène alerte, il redonne ses lettres de noblesse au vaudeville. Une réjouissante comédie contemporaine, drôle et lucide à la fois.