
Trois silhouettes émergent de l’obscurité, trois vies à bout de souffle, trois voix qui cherchent un sens. Sur scène, la pulsation d’un monde saturé hurle dans les corps, dans un peu lumière, dans les mots jetés comme des alarmes. On assiste à une errance générationnelle qui semble sans avenir.
Le texte de Gianina Cărbunariu anime Marc, Marie et Salomé comme trois fragments d’une même fatigue sociale. L’un rêve de DJ mais peine à exister, l’autre cumule les petits boulots jusqu’à l’essoufflement, la dernière se débat dans le monde publicitaire jusqu’à la rupture intime. Leur rencontre agit comme un détonateur fragile, une manière de désobéir pour respirer un peu plus fort. L’idée du trio qui s’agrège en résistance possède une certaine portée émotionnelle, même si l’écriture, éclatée, reste parfois en surface. Leur besoin de rupture, d’étincelle, de chaos, se matérialise dans des actions nocturnes, des échanges crus, des gestes presque incontrôlés. On perçoit l’urgence, le manque d’oxygène, cette énergie propre aux êtres au bord du point d’explosion. Le spectacle cherche à montrer la faillite d’un système, l’envie de fabriquer du sens hors des cadres.

La mise en scène de Christian Benedetti opte pour l’obscurité, le son lourd jusqu’à l’écrasement. Les spectateurs sensibles peuvent être bousculés par cette intensité, renforcée par une techno abrasive et une faible visibilité scénique allant parfois jusqu’à l’agression oculaire. Les lampes torches, devenues extensions du langage, offrent cependant un dispositif singulier. Chaque faisceau raconte un point de vue, un souvenir, un désir. Les scènes d’intimité, éclairées par ces petits éclats de lumière, prennent une dimension troublante. Le choix esthétique peut frustrer par son opacité, tout en révélant une vraie recherche de forme. On retient surtout cette volonté de créer un espace brut, brutale parfois, où on doit accepter de naviguer à l’aveugle.
Les interprètes Marie Cannesson, Marc Duruflé et Salomé Lemire portent leurs personnages avec intensité. Leur fragilité intérieure, leur souffle saccadé, leurs débordements charnels si humains construisent une matière dramatique vivante. On ressort partagé entre admiration pour la proposition et fatigue face à la densité sonore, tout en gardant l’image de trois corps qui refusent de s’éteindre.
Une expérience radicale, pleine d’audace qui interpelle autant qu’elle dérange ou déroute. Un spectacle pour spectateurs curieux, prêts à lâcher leurs repères.
Où voir le spectacle?
Au théâtre de Belleville jusqu’au 29 novembre 2025