Une jeune femme acculée par l’urgence financière, un marchand d’art aux intentions troubles, une mère spectatrice et muette. L’œuvre d’Arthur Schnitzler interroge la contrainte, le désir, la culpabilité. Le plateau propose une plongée dans un monologue intérieur où l’intimité se transforme en exposition.

Le spectacle repose sur l’interprétation de Selin Altiparmak, comédienne investie qui tente de donner chair au tumulte intérieur d’Else. Son engagement physique et émotionnel ne suffit pourtant pas à masquer une difficulté à croire pleinement en l’âge, la candeur ou la naïveté du personnage, ce qui crée une distance avec l’empathie attendue. Le procédé de double adresse au public, à la fois narratif et dialogué, se veut audacieux cependant peine à produire un véritable vertige intérieur. Les apartés prolongés donnent un tempo hésitant, étiré, comme si le texte cherchait sa tension sans jamais vraiment la trouver durablement. Le rôle du marchand d’art se révèle fragile dans la précision et perd parfois l’âpreté inquiétante qui devrait faire basculer la situation. Quelques répliques manquées brisent le fil et rappellent la fragilité du dispositif plutôt que son intensité.

Le choix scénographique est minimal, laissant l’imaginaire combler les espaces. Les lumières de Gaspard Megier dessinent de beaux contours émotionnels et enrichissent les états contradictoires du personnage. Pourtant, l’ensemble se fige, comme suspendu, sans progression dramatique suffisamment marquée pour relancer l’écoute sur la durée. La présence d’Evelyne Pelletier, très furtive et symbolique, manque d’ancrage pour que son rôle de mère devienne tension ou contrepoids. La mise en scène prend le risque d’un face-à-face direct avec le public, regard franc, parole tenue à bout de bras, geste exposé. Cette tentative mérite d’être saluée pour son courage formel même si elle déstabilise davantage qu’elle n’absorbe.

Ce moment de théâtre interroge plus qu’il ne captive. Une proposition sincère portée par un engagement notable mais inégal dans l’incarnation. Une expérience qui trouvera son public chez les spectateurs curieux des formes fragiles et frontales.

Où voir le spectacle? 
Au théâtre du chariot jusqu’au 30 novembre 2025

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