Dès l’arrivée dans la salle, on est immédiatement plongé dans un univers où le fantastique se mêle à la poésie naïve. L’écriture théâtrale, rythmée et musicale, capte le regard et réveille cette capacité enfantine à croire l’incroyable. Loin d’un simple spectacle de science-fiction, il s’agit d’une invitation à repenser ce qu’on voit ou ce qu’on choisit d’ignorer.
Sur scène, un narrateur s’adresse à nous depuis son bureau ancien. C’est Herbert George Wells, lui-même, en train d’inventer sous nos yeux une créature à la fois fascinante et inquiétante. Le comédien Thomas Marceul incarne tour à tour tous les personnages du récit, naviguant entre accents et postures avec une incroyable vitalité. Sa performance est à la fois virtuose et généreuse, oscillant entre humour, malaise et mélancolie. Il nous propose un tour de force scénique à la palette étonnante. En parallèle, dans l’ombre, Sébastien Bergery, Emmanuel Leckner, Sarah Clauzet, trio de manipulateurs anime décors mouvants et marionnettes, créant l’illusion de l’invisible avec une délicatesse malicieuse.
La scénographie, inventive et minimaliste, fait vibrer chaque objet comme la machine à écrire qui s’anime, les livres qui s’ouvrent et s’animent, les portes qui s’ouvrent seules… Autant de petites merveilles techniques qui enchantent petits et grands, même si l’on voit et que l’on connaît les trucs. Ajoute à cela une ambiance musicale signée Raphaël Sanchez ainsi que des lumières ciselées d’Antonio De Carvalho et l’on est emporté par un théâtre de magie douce, où le fantastique devient tangible. Pourtant, derrière ce tourbillon visuel, le propos reste solide. C’est bien une fable morale, questionnant la différence, l’exclusion et la responsabilité de voir l’autre ou de l’ignorer. Derrière la fiction, se cache un message critique.
Une proposition théâtrale inventive et délicieuse, portée par un comédien investi et une scénographie ludique. Elle séduit autant par son cœur que par sa poésie scénique. Une belle invitation à réapprendre à voir au-delà des apparences.