
Une cité sur le point d’être détruite, des habitants qui oscillent entre colère et solidarité, et un plateau qui porte leurs voix. Le spectacle interroge l’attachement à un territoire et la fragilité des communautés urbaines en période de bouleversement. Une fiction inspirée du réel où l’intime et le politique se touchent du bout des doigts.
Le texte écrit et mis en scène par Clémentine Billy s’appuie sur des témoignages et restitue un panel de vies, de rêves, d’espoirs parfois minuscules et pourtant essentiels. Les habitants s’organisent, doutent, s’accrochent à leurs habitudes comme à des murs fissurés. Certains personnages touchent par leur sincérité, d’autres restent plus flous dans l’incarnation, donnant parfois le sentiment d’observer plus qu’un récit que de le vivre. L’idée d’un être extérieur, presque fantomatique, venu pousser chacun vers le changement, apporte un axe de lecture intéressant sur la résilience collective. On entrevoit la ville qui tremble, la peur de disparaître, le refus de perdre un lieu où l’on a grandi. Cette crise urbaine devient un miroir social, tendre et âpre, d’une génération en transition forcée. Tout résonne autour d’une question simple : comment fait-on communauté lorsque tout autour s’effondre ?

La direction artistique repose sur une scénographie épurée pensée par Hervé Cherblanc, où mobilier mobile et variations lumineuses ainsi que le néon structurent l’espace plutôt que le décor. Les éclairages poétiques conçus par Enzo Cescatti apportent de la respiration et offrent parfois de vrais éclats sensibles. Le collectif sur scène composé de Julia Cash, Constance Guiouillier, Maïka Louakairim, Ilyes Hammadi Chassin, Nino Rocher et Cindy Vincent déploie une énergie généreuse, portée par une bande sonore d’Isis Prager et des mouvements chorégraphiés par Chanelle Boujdi. La proposition se révèle engagée, lucide, portée par une urgence authentique, mais laisse parfois le spectateur à distance, comme si l’émotion circulait par fragments plutôt qu’en vague continue. Pourtant on perçoit la nécessité de dire, de faire entendre un quotidien souvent invisible, de donner la parole aux périphéries niées.
Cette fable urbaine trouve sa force dans sa sincérité, dans le regard intérieur qu’elle propose sur la banlieue. Un spectacle à découvrir pour réfléchir, s’interroger et écouter ceux qu’on entend trop peu.
Où voir le spectacle?
Au théâtre de la Reine Blanche jusqu’au 30 novembre 2025