Présenté au Théâtre 13, A Requiem Room se veut une traversée sensorielle, entre rêve, abstraction et vertige existentiel. Ambitieux dans sa forme et assumé dans ses références, le spectacle convoque une esthétique travaillée pour sonder les zones troubles de la mémoire et de l’identité. Mais cette quête onirique, aussi séduisante qu’elle soit sur le papier, peine à trouver toute sa force sur scène.
A Requiem Room est un spectacle ambitieux qui cherche à explorer les frontières entre rêve, mémoire et identité. Visuellement soignée, la mise en scène multiplie les effets d’ombres, les gestes symboliques et les ambiances hypnotiques, sans jamais parvenir à créer un véritable fil narratif. On s’y perd très vite sans jamais où cela va nous mener. Les trois parties qui structurent la pièce peinent à dialoguer entre elles, ce qui laisse une impression de fragmentation. L’ennui apparaît assez rapidement.
Malgré l’engagement physique et sincère des interprètes, l’ensemble manque d’incarnation et de direction claire. On reste souvent spectateur d’un dispositif scénique séduisant, mais froid, qui laisse peu de place à l’émotion. On se sent mis en dehors d’une histoire très intellectualisée. L’influence revendiquée de Lynch, Artaud ou Beckett est palpable. Les passionnés verront l’ensemble des références. L’exercice tourne parfois à l’imitation sans enjeu dramaturgique fort et le temps nous paraît long. Certains tableaux laissent entrevoir une poésie souterraine. Elle est trop vite noyée dans des longueurs ou des symboles trop opaques. À force de jouer sur l’abstraction et l’onirisme, le spectacle semble oublier d’embarquer le spectateur. Une proposition courageuse et visuellement soignée, laissant sur le quai ceux qui cherchent du théâtre une forme de lien, d’élan ou de nécessité.
Un spectacle qui donne un autre regard au temps qui passe et qui ne semble jamais s’écouler. Le cinéma n’a pas forcément sa place au théâtre.