Anne Martinet incarne et met en scène un monologue tiré de la célèbre nouvelle de Stefan Zweig. En une heure, elle nous plonge dans les vingt-quatre heures bouleversantes d’une veuve réservée, où la force du langage, de la confession et de l’introspection devient le fil conducteur d’un voyage intérieur.
Dans un seule-en-scène, Anne Martinet nous invite à partager 24 heures intense dans la vie de Madame C, une veuve aristocrate récemment sortie de l’ennui d’une existence rangée. Une rencontre fortuite avec un jeune joueur en perdition déclenche un tourbillon émotionnel avec une passion fulgurante, un désir intense, une culpabilité écrasante et tout bascule. La comédienne incarne cette femme avec une délicatesse et attachement.
Dès l’apparition de l’artiste dans la pénombre, une légère tension intime s’installe. Anne Martinet, tout en finesse, porte une robe noire de l’aristocratie avec une grâce silencieuse. Sa voix, d’abord feutrée, gagne en intensité au fil du récit et ses yeux captivent l’attention comme autant d’empreintes vivantes de son émoi intérieur. Elle se confie et est à la fois confidente. La comédienne joue avec beaucoup de raffinement sur ces deux tableaux. Elle tient le cap avec maîtrise.
La mise en scène, discrètement stylisée, soutient le spectacle sans jamais le surcharger. Quelques accessoires avec une chaise en fer, une radio qui diffuse ponctuellement du Bach ou Arvo Pärt, suffisent à évoquer des atmosphères diverses. Les éclairages calculés, parfois voilés, se teintent subtilement d’ombres, imprimant à la scène une dynamique élégante qui épouse les variations émotionnelles du texte. Elle souligne délicatement les moments phares. Cependant tout reste dans la retenu et on ne sent pas trop emporté malheureusement.
La pièce, centrée sur l’intime et l’incandescence du désir, nous interroge sur la manière dont un sentiment fugitif peut bouleverser une vie entière. Le texte de Stefan Zweig, magnifiquement restitué, dévoile l’évolution émotionnelle d’une femme incapable de séparer passion et culpabilité. Anne Martinet, avec une précision d’orfèvre, module les silences et maîtrise les effets de rupture. Sa diction, claire et mélodieuse, serre les désirs, les angoisses et le chagrin.
Un spectacle porté par une comédienne investie, dont la performance fine et nuancée transpose l’état d’esprit de Mme C. Une heure où les minutes ralentissent pour sublimer 24h très intense.