Quand on voit le nom de la Comédie Française et de Marivaux, on s’attend à quelque chose de très classique. Très vite, on s’aperçoit que l’on a mal lu et que l’on nous propose une version très moderne d’un auteur d’une autre époque. « L’épreuve » n’est pas une simple histoire de conquête amoureuse, c’est beaucoup plus complexe et plus sombre.
Robin Ormond dans le cadre de son année à l’Académie de la Comédie-Française, en 2022-2023, réécrit et met en scène deux pièces de Marivaux avec « L’épreuve » et « La Dispute ». L’auteur du 18e siècle possède une langue assez intemporelle. Il s’amuse toujours avec le travestissement et le changement d’identité et la nuance. Tout semble chambouler avec Robin Ormond qui donne un coup de modernité et de désenchantement. A tel point que parfois on se demande si l’on a pas basculé du côté de Machiavel. l’expérience s’avère nulle et amère, la conclusion impossible… L’expérience du Prince s’avère nulle et la conclusion impossible. Un jour, lors d’une fête, l’une des invités du château, découvre en se perdant dans le sous-sol, des biens étranges prisonniers. Par la suite et assez rapidement, ils sont relâchés. Comment s’adapter au monde quand on ne le découvre qu’adulte?
La particularité se fait ressentir grâce à la mise en scène. Il y a une frontière entre le plateau et le public avec un grand rideau/filtre semi transparent. Le spectateur devient une sorte d’observateur et aussi de voyeur malsain. Une posture pas très agréable au final. On voit ces adultes qui découvrent le monde car ils sont le fruit d’une expérience. Et d’autres fois, leurs expérimentations dans une cave où ils inventent de nouveaux jeux. Seulement, un soir une nouvelle personne arrive et chamboule un fragile équilibre. Sanda Bourenane, Vincent Breton, Olivier Debbasch, Yasmine Haller et Alexandre Manbon se donnent complètement dans leurs personnages. On s’accroche à leur folie, leur peur, leur espoirs et leurs doutes. C’est eux qui nous tiennent en haleine malgré un profond sentiment de malaise renforcé par l’inconfort généré par l’écho des micros des comédiens. Un seul mot pourrait résumé ce spectacle : troublant.
Un spectacle qui dérange et qui ne laisse pas indemne. Il y a toujours plusieurs façons de voir Marivaux, la prochaine fois, on fera attention.
Où voir le spectacle?
La Scala jusqu’au 29 décembre 2024