La magie de la marionnette et du théâtre d’objets opère de nouveau au théâtre du Mouffetard. A nouveau les artistes peuvent remonter sur scène pour émerveiller petits et grands. Savez-vous ce que vous pouvez aller voir?


La Conquête – Du 7 au 15 octobre 2020
Des figurines de cowboys et d’indiens en plastique évoluent dans un paysage étonnant dont certains éléments sont de chair et de sang : une jambe, un bras ou une nuque se font colline ou montagne du pays colonisé. De la soumission des nouveaux territoires par les armes à l’exploitation des ressources naturelles en passant par la mise au pas des populations, Dorothée Saysombat et Sika Gblondoumé évoquent chaque étape de l’acte de domination.
Des scènes se déroulant à notre époque reflètent les séquelles de l’esprit colonial dans les manifestations de racisme ordinaire. Les chansons interprétées par Sika Gblondoumé participent à la distanciation apportée par l’humour. La Conquête est le premier spectacle de la Compagnie à sur un thème qui lui est cher : les liens noués entre l’histoire intime et l’Histoire universelle. Ce spectacle prouve que l’on peut aborder un sujet aussi grave que la colonisation, sans l’édulcorer ni faire du prêchi-prêcha. Au contraire, en faisant réfléchir à cet héritage qui est le nôtre, quelle que soit notre origine.


Du balai! – Du 24 au 26 octobre 2020
L’un est cantonnier et se lève chaque matin pour nettoyer la rue avec le plus grand soin. L’autre vit dehors et récupère des rebuts pour s’abriter. Le premier aime l’ordre et scrute le sol, à l’affût de détritus à balayer. Le second, le nez en l’air, se plaît à guetter le vol deS oiseaux qu’il admire. De leur rencontre vont naître des frictions, des tâtonnements et de menus accrocs. Vont-ils parvenir à se comprendre et devenir amis ? Sur une table presque nue, les comédiennes Mathilde Henry et Émilie Rigaud dessinent avec précision un univers épuré et naïf, proche du burlesque des films muets. Deux marionnettes-sacs dotées d’un visage lunaire, auxquelles les marionnettistes prêtent leurs mains, expriment toutes les émotions. Cette forme de marionnettes sur table aux rondeurs un peu gauches a été popularisée par la compagnie Garin Trousseboeuf. La Bobêche tire partie de leur bonhomie et de leur mouvements ralenti pour créer un spectacle sans mots qui parle à tous. Les mélodies à la clarinette et au concertina, et les étonnantes percussions sur pots de terre du musicien Gilles Stroch apportent une touche de gaieté et légèreté.


Ici ou (pas) là – Du 4 au 14 novembre 2020
Un quidam qui cherche sa place dans la salle finit par se retrouver sur scène… Quel rôle va-t-il jouer ? Quel costume va-t-il endosser ? Sait-il vraiment qui il est ? Le voilà complètement désorienté.
Écartant les tentures successives qui barrent son chemin, il s’enfonce progressivement dans un labyrinthe, tel Alice faisant intrusion de l’autre côté du miroir. L’espace sans fond et sans fin semble doté d’une vie propre. Voici notre personnage pris dans un mouvement qui le dépasse, tel un fétu de paille porté par les vagues de l’océan. En se dépouillant de ses identités, en rencontrant ses doubles,
parviendra-t-il à se réconcilier avec lui-même ? Avec des marionnettes en mousse et le vertige de la perspective, Laurent Fraunié se rapproche de l’univers onirique du mémorable Philippe Genty, pour lequel il fut interprète. Le comédien et metteur en scène conclut ainsi sa trilogie sur la peur. Après avoir parlé des terreurs nocturnes et ausculté la peur de l’inconnu, il décrit la crainte de se montrer
et d’être soi-même. Un spectacle sans parole plein de générosité qui veut transmettre le désir d’avancer par-delà la peur. Autant dire que cela concerne tous les âges de la vie.



A petits pas dans les bois – Le 7 et 8 novembre 2020
Ce spectacle vous invite à entrer dans les bois en prenant place dans un espace englobant, rassurant et intimiste. Assis dans la clairière, au centre de cette forêt avec ses possibles et ses dangers, découvrez une autre version du célèbre conte Le Petit Chaperon rouge. C’est à travers les chaussures, les bonnets, les pantalons et les manteaux des comédiens qu’apparaîtront les paysages, les personnages et les chemins tortueux de la forêt de notre histoire.
À petits pas dans les bois est une traversée gestuelle et visuelle, une rencontre poétique et singulière où les formes théâtrales s’entremêlent et nous entraînent sur les pas du Petit Chaperon rouge…


Buffles – Du 18 au 28 novembre 2020
Cinq frères et soeurs mi-buffles mi-humains se souviennent de leur jeunesse dans la blanchisserie de leurs parents. À l’époque, il n’était pas question de traîner dehors : les lions rôdaient ! C’est ainsi que leur petit frère, Max, disparut une nuit… « Dévoré par un fauve… », expliqua leur père. Comment cela avait-il pu lui arriver puisqu’il ne sortait pas ? Et pourquoi le comportement de leur mère devint-il ensuite bizarre ? En choeur, ces jeunes adultes racontent comment ils découvrirent, sous le silence, un terrible secret. Ce texte de l’auteur catalan Pau Miró progresse comme une enquête policière. Pour figurer les personnages, Émilie Flacher, metteuse en scène, a conçu des marionnettes portées étonnantes dotées des attributs de ces grands ruminants : tête massive, muffle épais, cornes spectaculaires. L’animalité brutale qui s’en dégage rehausse les sentiments humains qu’elles expriment, typiques de l’adolescence : le désarroi, la colère, la tristesse mais aussi la frustration. Les cinq marionnettistes jouent au diapason les uns des autres, portant à bout de bras ce récit haletant entre passé et présent. Une fable teintée d’étrange sur la nécessité de se raconter sa propre histoire pour devenir adulte.


Comme suspendu – Du 5 au 23 décembre 2020
L’un vient d’éclore au monde. L’autre en sait déjà long sur l’existence. L’un tâtonne maladroitement. L’autre évolue, alerte, en équilibre sur une voûte qui se déploie au-dessus du sol. L’un et l’autre vont s’apprivoiser. Et pas à pas, le Petit apprendra à s’approprier son corps et à avancer sur son chemin. Fatna Djahra et Alicia Packer donnent vie à une marionnette ballon, qui dialogue avec le corps de la trapéziste Claire Jarjat, as de la suspension et des pirouettes aériennes. Grâce à une musique jazzy qui swingue allègrement, les gestes et les regards remplacent les mots pour exprimer les sentiments à fleur de peau : timidité, audace ou joie de découvrir. Fatna Djahra a l’art de parler aux tout-petits en s’adaptant à leur cadence et à leur concentration extrême. Elle leur offre des spectacles à l’esthétique soignée qui laissent une place à l’imaginaire : la beauté partagée devient alors un moment précieux et nourrissant. Dans Après l’hiver, présenté à la Biennale internationnale des arts de la marionnette en 2019, la compagnie prenait la métaphore du cycle des saisons pour dire le temps qui passe. Avec Comme Suspendu, elle ouvre un nouveau chapitre de l’aventure de vivre et souligne l’importance de se ménager des appuis solides pour s’élever

Maintenant que vous savez ce qui vous reste à faire.

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