Est-il possible de donner la parole aux invisibles de la société? La compagnie la Résolue fait résonner les mots de Florence Aubenas dans un seul en scène. Que diriez-vous d’aller sur « Le quai de Ouistream »?

En 2010, pour une enquête, Florence Aubenas décide de garder son nom mais change de couleur de cheveux et laisse sa carte de presse chez elle Elle part directement à Caen de façon anonyme avec un objectif en tête : trouver un travail et arrêter dès qu’elle trouvera un CDI. Pour débuter, elle trouve un petit logement avant d’aller s’inscrire au Pôle Emploi afin de trouver un premier travail. Son personnage se définit comme une femme célibataire de 50 ans, sans enfant, qui vivait autrefois au crochet de son compagnon. Pour s’en sortir, elle doit trouver un emploi et est prête à tout accepter, tels tous les autres chômeurs. Le souci est son manque de compétences professionnelles donc elle ne trouvera que des postes très spécifiques à basse rémunération. Une annonce reste toujours présente pour la recherche d’une femme de ménage sur le ferry, un emploi réputé difficile avec beaucoup de turn-over. Un appel téléphonique lui suffit pour décrocher le boulot. Le souci se définit dans le nombres d’heures payées et les conditions de travail.

Petit contrat après petit contrat cumulatif ou temporaire, elle rencontre les invisibles qui nettoient les bateaux, les bureaux, les petites entreprises… Des gens qui cherchent à s’en sortir à tout prix en cherchant des heures partout et des bons plans pour survivre. La plupart sont touchants dans leur détresse, leur misère et leur fatigue et leur volonté d’avancer. L’auteure au bout de six mois sent autant une fatigue physique et morale. Par chance, on lui propose un CDI lui permettant de terminer son infiltration pour retranscrire son ressenti. En 2018, son livre « Le Quai de Ouistreham » est adapté au théâtre. Cette année, la compagnie la Résolue donne vie à ce texte plein d’émotions. La comédienne Magali Bonat, devient l’écrivaine, devient sa voix, devient son corps. Elle donne son impulsivité, sa curiosité, sa force et sa bienveillance à son personnage qui ne peut nous laisser insensible. Dans une tenue simple, avec une juste une chemise bleu et un jean, elle occupe l’espace avec un tableau blanc et une chaise. La mise en scène épurée de Louise Vignaud est en adéquation totale avec le texte et la postule de la comédienne.

Avec pudeur et intensité, elle donne vie à cette expérience qui est le quotidien de tant de personnes. Comment ne pas s’interroger sur l’équilibre social de notre société? sur le sort terrible de la précarité perpétuelle de ces gens prêt à tout pour s’en sortir? Une parole puissante qui incite à mieux réfléchir au monde que nous avons et lequel nous voulons. Un texte à l’apparence simple mais d’une incroyable force de persuasion pour nous pousser à une prise de conscience d’une réalité bien sombre. Un témoignage percutant qui nous fait ressortir de la salle pas totalement indemne. Un uppercut théâtrale qui permet de changer notre regard pour espérer peut-être un monde meilleur demain.

Entre roman et théâtre, le pont entre les genres disparaît pour mieux mettre le témoignage au coeur d’un cheminement.

Où voir le spectacle?
Théâtre 14
20 avenue Marc Sangnier
75014 Paris

Jusqu’au 14 mars 2020

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