L’argent et le pouvoir rendent ils forcément heureux? Crésus ne partagerait pas forcément ce point de vue. Que diriez-vous de connaître son destin?

Reinhard Keiser est de nos jours oublié alors qu’il a été élève des même maîtres que Bach, Vivaldi et Haendel. L’Ensemble Diderot fondé en 2008 redonne vie à ce Croesus pour la première fois en France. Johannes Pramsohler, dirige à la fois comme chef d’orchestre et musicien, violon comme compagnon. Il mène les musiciens avec enthousiasme sur cette musique si vive, qui envoûte et émerveille. La magie opère d’autant plus quand on lève le regard au-delà de la fosse. On découvre un plateau qui intrigue au premier regard avec cet imposant cube que l’on a pu voir sur l’illustration proposée par le théâtre. Puis les artistes et se dévoile un univers d’une richesse ensorcelante. Le doré est présent partout : coiffure, robe, maquillage, rideau de scène… Quoi de plus normal pour représenter Crésus et son entourage. Vous rappelez-vous d’où vient l’expression riche comme Crésus? Mais progressivement, cette couleur éclatante va se tendre en rouge, vert, orange et également dans les moindres détails de la doublure des vêtements, des spots ou des semelles de chaussures. La scénographie de Amélie Kiritzé Topor est d’une richesse incroyable, à la fois intelligente et discrète. 

Les voix se mêlent, s’entremêlent et profitent d’un moment de solitude pour se faire entendre. Chacun veut se faire entendre pour montrer sa souffrance. L’amour n’est jamais au rendez-vous. Nous sommes dans un soap opéra où chacun aime quelqu’un qui en aime un autre, à une exception près. On se laisse porter progressivement par cet ensemble qui nous fait réfléchir, rire et sourire. Le baryton chilien Ramiro Maturana qui incarne Crésus, même s’il est assez peu présent, il fait raisonner sa voix grave qui se complète avec celle assez envoûtante du baryton basse Andriy Gnatiuk, Cyrus. A l’opposé on trouve le ténor Charlie Guillemin, Elcius, le fou du roi, qui sait capter le spectateur par tous les aspects de son personnage. Le ténor Benoît Rameau, Solon, le Philosophe, ainsi que les deux princes lydiens Wolgang Resch et Jorge Navarro Colorado, à l’aspect assez burlesque, trouvent aussi leur place par la douceur. 

Les femmes ne sont pas en reste bien, au contraire. Elles ont des rôles indispensables et sublimes. Nous avons déjà, un choix un peu étonnant, la mezzo Inès Berlet travesti en homme et jouant un gars des cités dans son comportement joue Atys, le fils de Crésus. Il était au début muet et sous l’émotion de l’enlèvement de son père, il retrouve sa voix. Magie. Elle nous propose un magnifique et touchant solo quand il pense à son amoureuse, Elmira. D’ailleurs cela lui vaudra un applaudissement chaleureux du public. Elmira, sa bien-aimée, incarnée par la soprano Yun Jung Choi impressionne par la précision de ces vocalises et la douceur de sa voix. Plus d’une fois le public s’exalte devant ces beaux moments d’émotions. Et la cantatrice Marion Grange, Clerida, captive par sa présence tout à fait charmante et charmeuse. 

Ces artistes sont au coeur d’un récit où amour, guerre et souffrance deviennent les maîtres mots. Et pour montrer que ces thèmes restent présents de tout temps, quelques objets de modernités s’affichent tels que les téléphones portables, les bouteilles de champagne, des vêtements modernes. Également par des costumes qui viennent de différentes époques allant même jusqu’au travestissement. Cela ira jusqu’à une scène des plus surprenantes avec un homme travesti avec une robe moulante en plume et un homme en slip, talon haut avec un masque de tête de lapin. La cohérence artistique surprend par la qualité globale du spectacle qui réchauffe le coeur et les zygomatiques. Les applaudissements des plus sincères raisonnent dans ce magnifique théâtre. 

Un splendide opéra qui saura vous séduire dès la première note jusqu’à la fin.

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