La mort d’un être cher change l’équilibre d’une famille. Comment avancer quand une personne ne sera plus jamais présente auprès de vous? Une réflexion qui mérite d’être partagée car les mots libèrent des maux.

Ne vous y trompez pas. « Vie et mort d’un chien traduit du danois Niels Nielsen » n’a rien à voir avec un titre qui y ressemble « Le bizarre incident du chien pendant la nuit » qui a été adapté au théâtre de la Tempête. Cette pièce est une création, écrite et mise en scène de Jean Bechetoille. Contrairement à ce que je m’attendais, la mort d’un chien n’est pas au coeur de l’histoire. C’est le décès d’un fils et d’un frère qui déchaine les peines et les souffrances d’une famille. Il faut faire face à une mort qui est sous toute vraisemblance, un suicide. Comment accepter cette idée? Comme faire face? Vincent si dérangeant, si bruyant, si violent qui ne contrôlait pas ses accès émotionnels. D’ailleurs, personne n’arrivait vraiment à le gérer, à par sa soeur. Pourtant la mère l’affirme : « Il allait vraiment bien. Tu sais il avait préparé une tarte aux myrtilles, il avait même joué du piano avec ton père. Il allait vraiment bien. » Alors pourquoi a t’il fait ce choix?

Crédit photo : Guillaume Bosson

L’auteur puise dans son histoire personnelle pour explorer l’absence de l’autre et les névroses que cela engendre. Pour cela, il décide de créer une ambiance assez étrange. Sur la grande scène, juste un piano, un pot de peinture et une grande toile. Il n’en faut pas plus pour construire le récit avec des allées retours dans le temps. Au cas où vous vous inquiétez de rater quelque chose, la chronologie sera inscrite à même le sol. La nature aura même sa place, déjà par l’odeur d’herbe qui va vous chatouiller les narines à votre arrivée. Puis on observe avec curiosité la mousse qui pousse sur le piano et autour de la scène, la nature, se voit et s’entend. Mais ce dernier espace se fait derrière un rideau qui se montre avec des jeux de lumières. Rien n’est laissé au hasard.

Crédit photo : Guillaume Bosson

Ce qui permet de créer la tension, de montrer le désordre sentimental est l’investissement des comédiens. Alice Allwright, Guarani Feitosa, Romain Francisco, William Lebghil, Laurent Lévy et Nadine Marcovici mettent leur fougue, leur énergie et leur talent dans leurs personnages. Impossible de douter de leur authenticité et de leur implication. On rentre en empathie face à leur détresse qu’elle soit lié au comportement exagéré du frère/fils ou à sa mort. Quand un hurlement est poussé, il fait vibrer les murs. Comment ne pas croire à cette souffrance directe? Comment ne pas croire en leur sincérité et en leur douleur? Rien n’est omis, ni le ton, l’intonation, l’expression corporelle. La complicité entre les comédiens permet de donner vie à cet homogénéité dans la distance/proximité. Même le rôle du chien n’est pas omis. Je n’ai jamais vu quelqu’un interpréter avec crédibilité avec toutes les mimiques propres à l’animal. L’ensemble est un travail de haute couture qui nous plonge au coeur du désarroi. En s’en prend plein les émotions et nous ne sortons pas indemne de cette claque affective.

« La vie et la mort d’un chien » nous pousse à réfléchir sur la transmission des traumatismes. Une pièce qui a vraiment du mordant.

Où voir le spectacle?
Théâtre de la Tempête
Route du Champ de Manœuvre
75012 Paris

jusqu’au 20 octobre 2019
du mardi au samedi à 20 h 30, le dimanche à 16 h 30


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