Vous n’avez pas le choix, vous devez prendre le chemin de la folie et de la démence. Profitez d’aujourd’hui car vous n’êtes pas sur de vous souvenir d’autre chose demain. Imaginez-vous coincer pendant la Seconde guerre mondiale sans jamais pouvoir connaître la paix?

En 2013, David Van de Woestyne découvre le texte de Davide Carneval dans le cadre d’une lecture. Une écriture qui l’a tout de suite pris aux tripes. Alors il monte vite fait le spectacle dans le cadre d’un festival. Le projet reste encré dans sa mémoire. Le temps passe et ces amis lui rappellent qu’il faut impérativement qu’il mette en scène « Variation sur le modèle de Kraepelin (ou le champ sémantique des lapins en sauce) ». Puis une possibilité s’ouvre dans l’agenda, c’est un signe que c’est l’occasion de se lancer. Ni une, ni deux, il fait appel à la compagnie Ka avec laquelle il a déjà travaillé. Tous les membres de la compagnie ont approuvé de se lancer dans l’aventure. La linéarité chronologique du texte de l’auteur italien va être chamboulée. On va être entraîné dans la vie d’un père qui reste coincé dans la Seconde guerre mondiale à un moment qui n’a jamais existé. Son fils vient souvent auprès de lui pour provoquer des réminiscences afin qu’il garde un peu de lien avec la réalité. Sa démarche est aidée par une femme qui apparaît souvent pour donner des conseils pour soutenir le vieil homme. Et nous avons un lapin en fil rouge entre tous les personnages.

compagnie Ka

L’histoire peut paraître simple avec une relation père/fils face à la maladie d’Alzheimer. Les évènements sont plus complexes même si certaines choses restent énigmatiques. Le titre fait référence à Kraepelin, psychiatre du XIXe siècle qui identifia la démence dégénérative. Une maladie qui engendre des pertes de mémoire. Mais la société en général ne souffre telle pas du même mal? Une interrogation importante pour le metteur en scène qui veut toujours mettre de la politique en toile de fond sur une Europe à la dérive. Un élément dans le construction du récit qui s’accompagne de flashs mémoriels, différentes du roman, entrecoupées de noir. Une obscurité qui permet de valoriser les marionnettes créées par Catherine Hugot avec le double du père malade et ce surprenant lapin. Un animal qui apporte une bonne dose d’humour surtout lorsque ce dernier donne une recette pour le cuisiner. Tout comme lorsqu’on le voit faire une course dans l’espace vide. Toutefois cela ne compense pas totalement le sentiment de confusion qui se fait ressentir.

compagnie Ka

Un véritable travail d’orfèvre nous est proposé du récit, à la lumière, à la mise en scène sans oublier la sentimentalité des comédiens. On nous guide vers les tréfonds de la mémoire cependant parfois le spectateur est oublié sur le bord de la route.

Où voir le spectacle?
Le Mouffetard
73 rue Mouffetard
75005 Paris

jusqu’au 19 avril 2019
Du mardi au samedi à 20 h
Dimanche à 17 h

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