Tigrane, c’est l’histoire à la fois d’un cri, d’une colère et d’un improbable espoir. C’est l’histoire d’un jeune garçon qui essaie de trouver son identité. Sur le chemin de la rébellion se cache un être qui veut juste s’exprimer et être libre.

Jalie Barcilon choisit un thème assez périlleux pour son spectacle. Un jeune rebelle qui s’est viré de plusieurs écoles à cause de son comportement agressif. Il est maintenant dans une école pour apprendre un métier. Mais ici non plus, il ne sent pas à place. Alors il arrive en retard, se montre hostile, garde sa capuche sur la tête… Cependant, une professeure débutante, Isabelle, veut croire en lui, en son potentiel. Derrière cette rage, se cache une personne en détresse. Elle en est persuadée. Alors elle l’incite à participer en cours, à partager son opinion, à poser des questions… Et doucement il s’ouvre et essaie de faire de l’art.

L’ambiance avec son père déprimé, qui le rabaisse pour meubler son profond désespoir, n’est jamais motivante ou rassurante. Bien au contraire, dès qu’il peut l’inciter à lui faire perdre le peu de confiance, il dit les mots qu’il faut taire. Tigrane vacille. Il va jusqu’à se tromper sur les intentions de sa professeure. Ce refus d’amour est une nouvelle gifle dans les déceptions qui s’accumule. Ne faut-il pas en finir avec la vie si ce n’est que douleur ? Ou faut-il essayer de trouver la faille d’espoir pour s’y engouffrer et avancer doucement et surement ?

Le sujet peut effrayer certains spectateurs car nous sommes loin de la comédie grand public. Mais il faut aller au-delà de ces aprioris surtout pour voir de tel petit bijou théâtrale qui vous percute en plein cœur. La mise en scène de Jalie Barcilon se montre simple et d’une efficacité redoutable. Trois espaces bien délimités permettant de raconter le destin d’un jeune perdu. Certaines scènes comme celle où le jeune garçon fixe sur son skateboard donnant pourtant l’impression de se mouvoir. Les créations lumières de Jean-Claude Caillard trouve l’harmonie parfaite pour souligner avec élégance et sensibilité les moments clés du spectacle.

L’atout fort, outre la qualité d’écriture, est la qualité de jeu et d’interprétation des trois comédiens. Déjà le père au bord du gouffre avec Eric Leconte, convainquant dans son désarroi. Puis Sandrine Nicolas, qui joue cette professeure pleine de bonne volonté, souriante, illumine l’espace de sa présence. Les costumes créés par Alexandre Chagnon lui seille à merveille. Et enfin, le rôle centrale, interprété par Soulaymane Rkiba avec passion et une énergie incroyable. Dans son regard pétille le mécontentement, l’injustice, l’impatience, l’exaspération… Lorsqu’il hurle, le courroux s’anime telle une bourrasque qui bouscule les idées et les sentiments. Impossible de rester insensible face à ce trio talentueux, complices et habilles.

Un spectacle étonnant, émouvant qui saura en dérouter plus d’un. Que diriez-vous de rencontrer Tigrane ?

Où voir le spectacle?
Le Lucernaire
53 rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris

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