Dans une petite cité de Bourgogne, des allemands viennent loger chez l’habitant. La tension est palpable pendant cette guerre où de nombreux soldats français sont prisonniers ou morts. Quelque chose de positif peut-il en ressortir de cette coopération forcée?

Il y a certains textes qui lorsque vous les lisez, vous transportent, vous touchent, vous émeuvent. Virginie Lemoine et Stéphane Laporte ont ressenti ces émotions en lisant le roman best-seller d’Irène Némirovsky « Suite Française », écrit en 1942, qui a reçu le Prix Renaudot en 2004. Alors ils ont décidé d’adapter cette histoire au théâtre. Et quand deux esprits brillants coopèrent cela donne un scénario intelligent, précis et émouvant. Le tout mis en scène par Virginie Lemoine dans un décor qui nous plonge aussitôt au coeur du récit. Nous sommes en 1941 à Bussy, dans un petit village en Bourgogne. Les allemands occupent une partie de la France. Pour mieux affirmer leur pouvoir, des soldats allemands vont loger directement chez les habitants. Mme Angellier doit accueillir dans sa ferme un officier de la Wehrmacht, Bruno von Falk. Cela lui déplait grandement car son fils est prisonnier en Allemagne. Mais sa belle-fille, Lucile, ne semble pas totalement insensible au charme de cet homme. Par chance, l’attirance est réciproque. Quelque chose est-il possible? Le soldat allemand est lui aussi embrigadé dans un combat dont il n’avait rien demandé.

photo Fabienne Rappeneau

L’un doit suivre les ordres de la hiérarchie et l’autre doit suivre le chemin de son coeur. Aucun des deux ne mènent au même endroit. Ce jeu du chat et de la souris, s’orchestre à merveille dans cet espace du salon de la maison domestique. Un habile éclairage permet d’illuminer les lieux cachés dans les moments sensibles comme celui où est caché un homme recherché. Une fois que le spectacle débute, nous sommes captivés. Les comédiens trouvent toujours les justes émotions, le juste ton. Surtout avec le duo Florence Pernel et Béatrice Agenin qui expriment avec finesse, rectitude et affection la tension et la rivalité entre deux femmes, de deux générations différentes. Tout repose d’ailleurs sur leur inimitié. Florence Pernel apporte la touche d’humour permettant de détendre l’atmosphère. Tout comme Guilaine Londez qui interprète la femme du maire, une personne opportuniste que rien n’arrête. Et si la collaboration lui permet d’avoir ce qu’elle veut, elle n’hésite pas. Une façon de montrer que les limitations entre le bien et le mal restent flous. Elles ne sont pas aussi net que certains livres d’Histoire veulent le faire croire. Une nuance magnifiquement illustrée par des artistes qui mettent leur talent au service d’une pièce touchante et réaliste.

Photo : Karine Letellier

Un spectacle incisif, intelligent et drôle qui met les spectateurs au coeur d’un fait historique qui change les perspectives.

Où voir le spectacle?
Théâtre de la Bruyère
5 rue de la Bruyère
75009 Paris

Jusqu’au 4 janvier 2020

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