Ils sont jeunes. Ils sont beaux. Ils s’aiment. Du moins, juste dans l’imagination de leur fille car la réalité est tout autre.

« – Tu es belle – Tu es beau – Nous sommes beaux ». Ils ont l’air si parfait, si heureux et si bien ensemble. Il forme un tout lorsqu’ils sont ensemble dans la compréhension et l’affection réciproque. Mais ce bonheur est toujours dérangé par des hurlements venus d’ailleurs. Une chose qui nuit vraiment aux séances d’autosatisfaction partagées. Lui en rentrant du travail, la délectation s’illumine en lui à l’idée de retrouver sa petite femme chérie et leur adorable fille Alice. Pour elle, arrêter le travail pour s’occuper de leur enfant de la félicité, quel plaisir au quotidien.  La réalité pourrait être vraiment comme cela. En tout cas, la petite le voit ainsi dans son jeu avec ses poupées Ken et Barbie. Car la réalité est l’exacte opposé de ce monde parfait.

Le quotidien est une lutte contre la névrose, la déprime, la pression. Quand le mari rentre sa femme plein d’aigreur lui reproche sa vie de mère à la maison s’occupant d’une enfant renfermée. Une jeune fille de 9 ans avec qui il est impossible d’interagir. Une Alice qui fuit dans le monde merveilleux pour se préserver de la souffrance des adultes. Car une fois que le miroir se brise, les êtres s’entredéchirent. La souffrance et les rancœurs deviennent mots et gestes. L’amour devient un difficile échappatoire. La reine de cœur va devoir couper des têtes et ça va faire mal.

Quelle ingénieuse scénographie de Côme de Belliscize. Il trouve le juste milieu pour montrer la bascule dans la folie. Les apparences s’effondrent tout comme le décor et se chacun montre à nu ses blessures. Cela abouti à cette scène troublante, drôle et émouvante à la fois où chacun doit dire l’inverse de ce qu’il pense. La force, la précision et la justesse des mots de Léonore Confino sont sublimés par l’incroyable prestation d’Elodie Navarre et Emmanuel Noblet. Impossible de quitter des yeux ce couple en rupture qui s’effondre à en perdre la raison. On ne doute ni de la sincérité de leur amour ni de leur haine. Ils incarnent avec fureur et passion ce Ken et Barbie qui se sont égarés sur les chemins de la raison. L’enfant, invisible au plateau, est le catalyseur des souffrances dont l’expression se fait dans la violence. Une Alice au pays des désenchantements qui ne peut que s’épanouir loin de ces géniteurs qui pourrissent ce qui les entoure. Une réalité cruelle et brutale auxquelles le non-sens ne peut être que la réponse. On se laisse porté dans la tempête des émotions où la solitude triomphe.

Un marathon affectif où il faut s’arrêter en chemin pour abandonner et peut-être reconstruire ?

Où voir le spectacle?
Théâtre du petit saint Martin
17 rue René Boulanger
75010 Paris

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