Harpagon ne fait pas confiance aux banques. D’ailleurs, il ne fait confiance à personne. Et surtout pas à ses enfants qui risqueraient de lui voler son bien le plus cher : son argent. Mais cette obsession ne va t’elle pas le mener à sa perte?

L’argent, un sujet intemporel. Molière sait ce que sont les soucis financiers. Il garde un petit goût amer en bouche lorsqu’il a du liquider sa troupe ce qui l’a conduit d’ailleurs en prison en 1645. Mais lorsqu’il écrit « L’Avare » en 1668 pour la scène du Palais Royal, il prend des dispositions pour l’héritage paternel. Il va prêter à son père, lui qui l’a beaucoup soutenu, 10 000 livres pour la restauration de la maison familiale. Une histoire qui n’est pas hasardeuse car l’on va retrouver dans la pièce à une référence à un prêt de 10 000€. L’illustre Théâtre a décidé de moderniser un temps soit peu le texte de Molière. Mais avec le plus grand respect pour le maître. Ce n’est pas un hasard si la compagnie a choisi de se nommer comme celle de Jean-Baptiste Poquelin. Elle veut lui rendre hommage et faire vivre ces textes en donnant un nouveau souffle à sa prose. Le texte en son temps n’avait pas séduit et c’était arrêté au bout de 9 mois faute de rentrer d’argent.

Et puis moderniser ne veut pas dire aller à l’encontre de l’histoire, du message ou des personnages. Bien au contraire. Au final, l’Amour ne doit-il triompher de tout? Harpagon devient un chef de la pègre et l’usage d’armes à feu ne se trouve nullement proscrite. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard que le spectacle débute avec la chanson « Bang Bang ( My Baby Shot Me Down ) » de Sonny Bono, entendu dans le sanglant « Kill Bill ». Il vit tout de même dans une demeure avec ces deux enfants, Elise et Cléante. Chacun a trouvé l’amour cependant leur père a organisé des mariages rentables. Son voisin accepte d’épouser sa fille sans dot. Une vraie aubaine. Lui, le père va épouser la jeune Marianne, qui va lui rapporter encore plus d’argent. Le souci, c’est que le fils veut aussi se marier avec la belle Marianne dont il est tombé amoureux. Cléante aime Valère, l’intendant. Les hyménées ont été choisis par le père et rien ne doit déroger à son choix. L’argent et la rentabilité ont parlé. L’amour et l’affection, il n’en a pas même pas pour les bêtes. Pour être certain que l’argent sera bien protégé, la cassette est confiée à une personne du public. C’est son bien le plus précieux. Sans lui, la vie n’a plus de sens et toute personne ayant convoité son bien mérite la mort, même si c’est son propre sang. La folie ne va t’elle lui être la seule compagnie digne de confiance? Mais jusqu’ou cela peut-il le conduire? Les comédiens vont essayer de démasquer le coupable à coup de logique et de menaces. Une interaction se fait avec l’ensemble des spectateurs. Une autre façon de l’apostropher sur des sujets comme la femme objet, le génocide arménien, les bavures policières, un monde des cités en rupture avec les beaux quartiers…

La mise en scène de Tigran Mekhitarian brille par son audace et son originalité. Sur le plateau, un espace de jeu est défini. Sur les côtés, juste 8 chaises, deux tables, deux portants avec des vêtements et un objet recouvert au milieu de la scène. Pour les costumes : des sweats, des gilets en tricot, des jogging, tee-shirts, costumes classiques, on pourrait dire des vêtements modernes simples, efficaces et confortables. Selon les besoins, les comédiens apportent chaises ou tables. Il ni a que cela et pourtant il ne manque rien d’autre. Pourquoi? L’énergie, la fougue, la passion, la conviction, l’enthousiasme, la complicité de Tigran Mekhitarian, Alexiane Torres, Julia Cash, Délia Espinat Dief, Arthur Gomez, Samuel Yagoubi, Etienne Paliniewicz, Soulay Mane, Théo Navarro-Mussy et Nicolas Le Bricquir nous procure un véritable plaisir d’être là. On ne peut s’empêcher de rire. Le gazetier de l’époque, Robinet avait écrit de Molière « d’un bout à l’autre, il fait rire » sans rien préciser sur le processus. Alors on ne peut qu’affirmer que cette bande d’artistes passionnés et passionnants a su mettre en avant l’art de Molière. Petits ou grands, vieux ou jeunes, riches ou pauvres, tous s’assoient au même niveau et se laissent aller avec plaisir dans l’univers incroyable de « L »Avare ». Comment après vu une telle prestation n’avoir pas envie de découvrir d’autres pièces de Molière en si bonne compagnie? On ne peut pas.

Impossible de se montrer avare de compliments pour un tel spectacle qui rayonne de génie avec des comédiens si talentueux.

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